29.03.2010
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Luc Chatel : « Les enseignants ne doivent plus se sentir abandonnés dans leurs classes »

Le ministre de l'Éducation vient de pré­sen­ter le « pacte de car­rière » qu'il entend pas­ser avec les ensei­gnants. Revalorisation pour les pro­fes­seurs débu­tants, mesures des­ti­nées à favo­ri­ser la mobi­lité à la fois dans et hors de l'enseignement, meilleure prise en charge des risques... Dans un entre­tien exclu­sif pour VousNousIls, Luc Chatel en explique les prin­ci­pales dispositions.

Un mot d'abord de l'aspect du pacte qui inté­resse sans doute le plus les ensei­gnants : la reva­lo­ri­sa­tion sala­riale. De 157 à 269 euros nets par mois, elle ne sera pas négli­geable pour les néo-titulaires...

Elle sera même signi­fi­ca­tive, puisqu'elle dépas­sera 10% en début de car­rière. En période de crise, quelle est l'entreprise qui, aujourd'hui, envoie un signal aussi net à ses jeunes recrues ? Il s'agit donc d'un mes­sage fort, qui consti­tue la contre­par­tie du non-renouvellement d'un fonc­tion­naire sur deux. Nous avons par ailleurs sou­haité la concen­trer en début de car­rière, puisque nous deman­dons aux ensei­gnants de se for­mer une année de plus. Finalement, ces mesures sala­riales concer­ne­ront près d'un pro­fes­seur sur quatre.

Tous les autres sont donc lais­sés pour compte ?

Absolument pas. Depuis deux ans, un cer­tain nombre de mesures ont déjà tou­ché l'ensemble des ensei­gnants : prime de 500 € pour ceux qui effec­tuent au moins deux heures sup­plé­men­taires par semaine, prime de 400 € pour les évalua­tions dans le pri­maire, mise en place du prêt à taux zéro, reva­lo­ri­sa­tion du mon­tant de la rému­né­ra­tion des copies cor­ri­gées pour le bac...

Malgré tout, les syn­di­cats ne cachent pas leur décep­tion...

Quand on défend les inté­rêts d'une caté­go­rie de sala­riés, je com­prends qu'on en veuille tou­jours plus. Mais, encore une fois, je n'ai pas sou­ve­nir d'une reva­lo­ri­sa­tion aussi impor­tante pour les ensei­gnants depuis très long­temps. Par ailleurs, le nou­veau pacte de car­rière que je pro­pose contient d'autres mesures, à mon avis tout aussi impor­tantes, qui concernent tous les ensei­gnants.

Évoquons donc d'abord la for­ma­tion : que proposez-vous ?

Il y avait une vraie carence dans l'Éducation natio­nale : le Droit indi­vi­duel à la for­ma­tion, obli­ga­tion légale, n'existait pas. À par­tir de la ren­trée pro­chaine, tous les ensei­gnants qui le sou­haitent pour­ront béné­fi­cier de ce Dif à rai­son de 20 heures par an, cumu­lable sur plu­sieurs années jusqu'à 120 heures, en plus des for­ma­tions pro­fes­sion­nelles et des stages qui existent au sein de l'Éducation natio­nale. Tout pro­fes­seur qui aura un pro­jet, quel que soit le domaine, pour élar­gir son champ de com­pé­tences ou pour pré­pa­rer une future évolu­tion, pourra suivre une for­ma­tion pen­dant les vacances sco­laires, rému­né­rée à 50% du salaire horaire.

Vous ins­tau­rez égale­ment des entre­tiens des­ti­nés à favo­ri­ser la mobi­lité, après deux ans et quinze ans de car­rière...

Je pense qu'il faut don­ner des pers­pec­tives aux ensei­gnants. D'abord en interne, car l'immense majo­rité d'entre eux a envie de faire car­rière dans l'Éducation natio­nale toute sa vie, et c'est très bien. Il faut donc déjà que nous puis­sions les entendre sur leurs aspi­ra­tions. Certains pro­fes­seurs du pri­maire peuvent, par exemple, sou­hai­ter au bout d'un cer­tain temps ensei­gner dans le secon­daire. Mais on peut aussi avoir envie de faire autre chose et je com­prends très bien qu'après 20 ou 25 ans de classe on ait envie d'exercer ailleurs... Nous devons donc être beau­coup plus à l'écoute de nos fonc­tion­naires, les aider tout au long de leur par­cours, et c'est l'objectif de ces entre­tiens sys­té­ma­tiques.

Il y a urgence ?

Il y a une attente. Jusqu'à pré­sent, on ne peut pas dire que l'État soit un bon ges­tion­naire de ses res­sources humaines ! Cela m'a frappé, moi qui viens jus­te­ment de ce milieu. Les ensei­gnants ont le sen­ti­ment qu'on les forme, puis qu'on les aban­donne devant les élèves, dans des condi­tions par­fois dif­fi­ciles, alors que la com­mu­nauté éduca­tive, parents, société..., leur en demande tou­jours plus. Il y a donc une volonté de ma part de les accom­pa­gner, de faire le point avec eux à plu­sieurs étapes de leur car­rière, de les encou­ra­ger, de les com­prendre et de les valo­ri­ser.

Le bilan médi­cal que vous ins­tau­rez à 50 ans n'est-il pas dès lors autant moral et psy­cho­lo­gique que phy­sique ?

Bien sûr... Mais là encore, dans toutes les entre­prises pri­vées, vous pas­sez une visite médi­cale chaque année. C'est impor­tant pour la pré­ven­tion en matière de santé, mais aussi pour mar­quer une pause, échan­ger... Nous allons donc notam­ment dou­bler à par­tir de juin le nombre de méde­cins de pré­ven­tion, aujourd'hui tota­le­ment absents dans cer­tains dépar­te­ments. Toujours dans le même esprit, à par­tir de la ren­trée, comme dans n'importe quelle entre­prise, les comi­tés d'hygiène et de sécu­rité trai­te­ront aussi des condi­tions de tra­vail, ce qui n'est pas le cas jusqu'à pré­sent. De matière pari­taire, nous allons donc tra­vailler sur la pré­ven­tion des risques, qu'il s'agisse de l'exposition à l'amiante ou des risques psy­cho­so­ciaux...

Les ensei­gnants vous diront que leurs condi­tions de tra­vail passent d'abord par une aug­men­ta­tion des moyens humains sur le ter­rain et une baisse du nombre d'élèves par classe... Que leur répondez-vous ?

Le pré­sident de la République a pris un enga­ge­ment en 2007, celui d'avoir moins de fonc­tion­naires, mais mieux rému­né­rés et mieux consi­dé­rés. Nous le tenons. En même temps, notre poli­tique de non-remplacement d'un fonc­tion­naire sur deux n'est pas mise en oeuvre de façon sys­té­ma­tique. Nous l'appliquons avec dis­cer­ne­ment. J'étais dans l'académie de Nice jeudi der­nier. La démo­gra­phie y aug­mente. À la ren­trée pro­chaine, cela se tra­duira donc par une cen­taine de créa­tions de postes. À la ren­trée der­nière, nous avons ouvert des classes dans le pre­mier degré parce que le nombre d'élèves aug­men­tait. Donc, oui, nous avons une poli­tique de réduc­tion glo­bale, mais c'est aussi pour pou­voir mieux rému­né­rer les ensei­gnants, et ce pacte de car­rière en est la preuve, à la fois sur son volet finan­cier et sur la par­tie res­sources humaines.

Propos recueillis par Patrick Lallemant


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