19.03.2010
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Jean-Jacques Hazan : « Il faut maintenant agir concrètement »

Sous la pres­sion des asso­cia­tions de parents d'élèves, Luc Chatel vient d'annoncer un plan pour amé­lio­rer le rem­pla­ce­ment des ensei­gnants absents. Jean-Jacques Hazan, pré­sident de la FCPE se féli­cite que le pro­blème soit enfin reconnu. Il attend désor­mais des actes.

Luc Chatel vient de décré­ter la mobi­li­sa­tion géné­rale contre le non-remplacement des profs absents ?

Nous n'en sommes pour l'heure qu'au stade des décla­ra­tions. Il est certes posi­tif que, pour la pre­mière fois, le pro­blème soit offi­ciel­le­ment admis par un ministre. Mais je ne vais pas non plus m'émerveiller devant une simple recon­nais­sance du droit ! Il faut désor­mais que les choses changent concrè­te­ment sur le ter­rain. Il faut s'attaquer dès aujourd'hui à la créa­tion de bureaux de ges­tion des rem­pla­ce­ments dans chaque aca­dé­mie, et que l'on pro­cède à une évalua­tion pré­cise et trans­pa­rente des absences non rem­pla­cées. Car je suis per­suadé que le chiffre de 2 mil­lions d'heures qui a été avancé est bien en deçà de la réa­lité.

Quels délais estimez-vous rai­son­nables pour voir la situa­tion évoluer ?

Ne rêvons pas, le pro­blème ne sera pas réglé en trois semaines ! Une fois que les besoins auront été esti­més pré­ci­sé­ment, il fau­dra se fixer des objec­tifs et conve­nir d'un plan plu­ri­an­nuel. En revanche, si l'on veut obte­nir les pre­miers résul­tats pour la ren­trée pro­chaine, il faut se mettre au tra­vail dès main­te­nant. Et en atten­dant de voir les choses com­men­cer à bou­ger, nous n'allons pas relâ­cher la pres­sion : le recen­se­ment des heures per­dues se pour­sui­vra sur notre site et, s'il le faut, nous pour­sui­vrons les dépôts de plaintes et les demandes d'indemnisation. Car, pas plus que nous n'acceptons le délai de carence de quinze jours avant le rem­pla­ce­ment d'un prof absent, nous n'accorderons un délai de quinze semaines au minis­tère après la ren­trée !

Que pensez-vous de l'idée de recou­rir à des retrai­tés ou à des étudiants ?

Même si nous ne sommes pas radi­ca­le­ment oppo­sés au prin­cipe, il ne peut en aucun cas consti­tuer une solu­tion pérenne. Ce à quoi il fau­dra arri­ver, c'est à recréer des postes qui ont été sup­pri­més. Trois mille postes de rem­pla­çants ont offi­ciel­le­ment dis­paru dans le secon­daire, et je pré­tends qu'il y en a beau­coup plus. Il fau­dra les rendre, et les remettre là où le besoin s'en fait sen­tir. Il me semble par ailleurs para­doxal de ne pas rem­pla­cer un ensei­gnant sur deux qui part à la retraite, pour deman­der ensuite aux retrai­tés de reve­nir tra­vailler !

L'autre dos­sier impor­tant du moment concerne la vio­lence. Que vous ins­pirent les futurs états géné­raux de la sécu­rité à l'école ?

Je pré­fè­re­rais que l'on orga­nise des états géné­raux de la séré­nité à l'école ! La per­son­na­lité de Eric Debarbieux* devrait cepen­dant per­mettre d'éviter l'écueil du dis­cours sécu­ri­taire tota­le­ment éculé. Nous allons répondre à l'appel à contri­bu­tion qui nous a été envoyé, pour rap­pe­ler qu'il ne s'agit pas d'un phé­no­mène simple, ou sim­pliste. La vio­lence ren­voie par exemple à la charge de tra­vail des élèves et à leur fati­ga­bi­lité. Ce n'est pas un hasard si les évène­ments sur­viennent en nombre en hiver, dans la zone qui est la der­nière à par­tir en vacances. Se pose aussi la ques­tion de la jus­tice et de l'injustice, des sanc­tions dif­fé­rentes pour des faits iden­tiques selon les endroits, de la mixité sociale et du dia­logue. Mais là encore, com­ment faire alors que le nombre d'adultes dans les établis­se­ments a connu une chute ver­ti­gi­neuse ? Il y avait dans les établis­se­ments sco­laires 51.000 per­sonnes hors ensei­gnants voici sept ans. Elles ne sont plus que 28.000 aujourd'hui. Et encore, je ne tiens pas compte de la sup­pres­sion de 50.000 emplois jeunes.

Vous ne croyez pas à l'efficacité des por­tiques ou des camé­ras ?

Je leur pré­fère le dia­logue. De toute façon, les por­tiques ne fonc­tionnent qu'avec des êtres humains à proxi­mité, comme vous l'aurez constaté dans les aéro­ports, les tri­bu­naux ou les com­mis­sa­riats ! Et si vous vou­lez faire pas­ser mille mômes par un por­tique, ils vont devoir se lever tôt ! Il faut donc prendre le pro­blème autre­ment, aller au fond de la dis­cus­sion sur la vie sco­laire, la parole des jeunes et la for­ma­tion des ensei­gnants. Car tout se tient, et gérer des classes hété­ro­gènes ou des situa­tions de conflit, cela s'apprend. L'ennui est que, dans ce domaine, la réforme en cours, tota­le­ment inac­cep­table à nos yeux, tourne exac­te­ment le dos à cela !

Propos recueillis par Patrick Lallemant 


* Ancien ins­ti­tu­teur, pro­fes­seur de sciences de l'éducation, spé­cia­liste de la vio­lence sco­laire, Eric Debarbieux a été chargé de pré­si­der le conseil scien­ti­fique chargé de la pré­pa­ra­tion des états géné­raux ainsi que du suivi des déci­sions qui en résulteront.


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