Revue de la semaine du 8 au 12 mars

10.03.2010

Etats-Unis : Le 4 mars pour sauver l'éducation publique

Le 4 mars der­nier, le gou­ver­ne­ment a dési­gné les quinze Etats 'fina­listes' pour le par­tage d'une cagnotte de 4,35 mil­liards de dol­lars (envi­ron 3,184 mil­liards d'euros). Il s'agit d'Etats jugés modèles en matière de "suivi des per­for­mances des élèves", de "recru­te­ment de meilleurs ensei­gnants", et qui trouvent "des façons de sau­ver les écoles en dif­fi­culté qui pour­raient être imi­tées dans le reste du pays". Le pré­sident Obama cherche ainsi à redy­na­mi­ser le sys­tème éduca­tif amé­ri­cain, dans le cadre d'un pro­gramme inti­tulé Race to the top –à l'heure où de nom­breux poli­ti­ciens songent plu­tôt à cou­per dans le bud­get de l'éducation publique pour résor­ber les dettes des Etats. Arnold Schwarzenegger, gou­ver­neur de la Californie, a notam­ment annoncé des gels de salaire et une hausse des frais de sco­la­rité dans l'enseignement public dès l'été der­nier. Mais les contre-mesures pré­si­den­tielles suffiront-elles ? Pour l'instant, seuls les dix Etats jugés les plus per­for­mants se par­ta­ge­ront l'argent public. Une forte moti­va­tion pour cer­tains : le Tennessee a par exemple adopté en jan­vier une légis­la­tion qui indexe la paie des ensei­gnants sur les per­for­mances de leurs élèves, pour finir parmi les nomi­nés ! Dans le même temps, le secré­taire d'Etat à l'éducation, Arne Duncan, se dit en faveur d'un déve­lop­pe­ment mas­sif des écoles "à charte" (char­ter schools), c'est-à-dire finan­cées publi­que­ment mais admi­nis­trés de façon pri­vée. Il y en aurait déjà quelque 2 000 dans le pays. Certains think tanks et syn­di­cats cri­tiquent fer­me­ment cette orien­ta­tion. Pour eux, le déve­lop­pe­ment de ces écoles semi-privées ne serait qu'une étape inter­mé­diaire vers la pri­va­ti­sa­tion totale de l'enseignement aux Etats-Unis. Certaines écoles à charte sont déjà ouver­te­ment en quête de pro­fits, bien que finan­cées par les contri­buables... Les parents d'élèves craignent donc, à terme, une fac­ture plus salée qu'en conser­vant le sys­tème public sous sa forme actuelle, ainsi que l'exclusion des élèves à dif­fi­culté de ce sys­tème (à l'image des patients à risques exclus du sys­tème de santé privé). C'est pour­quoi le 4 mars a aussi été choisi comme date pour de nom­breuses marches et ini­tia­tives de pro­tes­ta­tion natio­nales, dans l'espoir de "sau­ver l'éducation publique".
Sources : Huffington Post — 3 mars, Business Week — 4 mars

10.03.2010

Japon : les lycées bientôt gratuits ?

Le Parti Démocratique du Japon, au pou­voir depuis cette année, a pro­mis dans le cadre de son pro­gramme élec­to­ral la fin des frais de sco­la­rité au lycée. Ou plu­tôt, un dédom­ma­ge­ment équi­va­lent aux frais de sco­la­rité payés dans les établis­se­ments publics aussi bien que pri­vés. Un pro­jet de loi déjà approuvé par le gou­ver­ne­ment, et qui devrait entrer en vigueur à par­tir d'avril, va en effet offrir à tout étudiant sui­vant les cours d'un lycée reconnu par l'Etat une com­pen­sa­tion de quelque 120 000 yens par an (envi­ron 1 000 euros). Contrairement au col­lège (gra­tuit à l'exception des uni­formes, et de l'éventuelle res­tau­ra­tion sco­laire), le lycée n'est pas obli­ga­toire. Par contre, il est tou­jours payant, aussi bien dans les établis­se­ments pri­vés que dans les lycées publics. Les mieux cotés garan­tissent une admis­sion dans les plus grandes uni­ver­si­tés du pays. Les élèves plus atti­rés par des pers­pec­tives d'emploi rapide peuvent choi­sir, à l'issue d'une pre­mière année d'enseignement géné­ra­liste, parmi des cen­taines de filières pro­fes­sion­na­li­santes : de la fabri­ca­tion de céra­mique aux tech­niques de trai­te­ment de l'information, en pas­sant par la navi­ga­tion mari­time ou encore l'élevage...
Source : The Asahi Shimbun — 24 février

10.03.2010

Angleterre : 100 000 élèves n'auront pas le lycée de leur choix

Lundi 1er mars, les enfants de quelque 540 000 familles anglaises rece­vaient par lettre les résul­tats de leurs demandes d'admission en lycée. En Angleterre, l'entrée au lycée se fait par un sys­tème de voeux. Jusqu'à trois établis­se­ments sont indi­qués par ordre de pré­fé­rence. L'an passé, 91 896 élèves n'ont pas inté­gré les établis­se­ments de leur pre­mier choix. Les chiffres exacts ne seront ren­dus publics que le 11 mars, mais les auto­ri­tés bri­tan­niques s'attendent déjà à ce qu'environ 100 000 futurs lycéens connaissent la même décep­tion cette année (jusqu'à un élève sur trois à Londres, où la concur­rence est la plus féroce). Notamment en cause, la ten­dance des familles à opter pour un lycée public à l'heure où la réces­sion réduit les bud­gets. Mais aussi, la fer­me­ture géné­ra­li­sée d'écoles : 286 établis­se­ments secon­daires anglais ont ainsi fermé au cours des dix der­nières années, dont 30 % dans les deux der­nières années. Des fer­me­tures expli­quées par une légère baisse du taux de nata­lité natio­nal, mais jugées aujourd'hui beau­coup trop hâtives par les lob­bys paren­taux.
Source : The Independent — 27 février

10.03.2010

Lettonie : 30% de moins pour le budget de l'Education

En moins de cinq ans, la Lettonie est pas­sée d'une crois­sance à deux chiffres à une réces­sion écono­mique sans pré­cé­dent. Le volume des cré­dits a explosé, des mesures res­tric­tives ont été prises trop tard, et la spé­cu­la­tion a achevé l'économie let­tone lors du choc "Lehmann Brothers". La plu­part des prêts pri­vés se sont faits en euros alors que la mon­naie natio­nale est tou­jours le "lat", qu'il a fallu sau­ver de la déva­lua­tion à grands frais. L'Etat s'est donc depuis lancé dans une poli­tique d'austérité, avec notam­ment une réduc­tion bru­tale du salaire des ensei­gnants de près de 40 % cet été. Mais ce sont les étudiants qui ont le plus pro­testé : à la suite d'une coupe de 30 % dans le bud­get glo­bal de l'Education natio­nale, près d'un mil­lier d'entre eux récla­maient en fin d'année der­nière la démis­sion de la ministre de l'éducation et des sciences, Tatjana Koke. Toutefois, les classes pri­maires let­tones ne comp­taient encore que 8 à 10 élèves par ensei­gnant ! On est bien loin de la moyenne euro­péenne...
Sources : Ria Novosti — 1er décembre 2009, France Culture — 15 novembre 2009

10.03.2010

Québec : un instit sur quatre veut changer de métier

Une étude récente a révélé qu'un ins­ti­tu­teur qué­bé­cois sur quatre pense quit­ter son métier dans les cinq ans. Nathalie Houlfort, pro­fes­seure à l'École natio­nale d'administration publique (ENAP) de l'Université du Québec, a réa­lisé cette étude auprès de 2 400 ensei­gnants qué­bé­cois. D'après ses conclu­sions, un ins­ti­tu­teur sur cinq tra­vaille­rait chaque jour dans un état de détresse psy­cho­lo­gique, soit près du double du reste de la popu­la­tion active. Près de 60 % d'entre eux éprou­ve­raient des symp­tômes d'épuisement pro­fes­sion­nel au moins une fois par mois, et ils seraient 20 % à en faire l'expérience au moins une fois par semaine. En cause, la mul­ti­pli­ca­tion des élèves en dif­fi­culté dans des classes non adap­tées pour eux, le mépris affi­ché de l'opinion publique vis-à-vis du corps ensei­gnant, l'insouciance des auto­ri­tés qui les ont récem­ment aban­don­nés avec une réforme de l'éducation ban­cale à gérer... L'épuisement pro­fes­sion­nel coû­te­rait chaque année une cen­taine de mil­lions de dol­lars aux com­mis­sions sco­laires locales. Pourtant, pour Pierre St-Germain, pré­sident de la Fédération auto­nome de l'enseignement (syn­di­cat impor­tant qui accueille un tiers des ensei­gnants), les solu­tions sont simples : "réduire le nombre d'élèves dans les classes, embau­cher plus de pro­fes­sion­nels pour épau­ler les ensei­gnants avec les élèves en dif­fi­culté, redon­ner aux ensei­gnants leur auto­no­mie pro­fes­sion­nelle, mettre défi­ni­ti­ve­ment la hache dans la réforme."
Source : La Presse — 10 février