Revue de la semaine du 8 au 12 mars
Etats-Unis : Le 4 mars pour sauver l'éducation publique

Le 4 mars dernier, le gouvernement a désigné les quinze Etats 'finalistes' pour le partage d'une cagnotte de 4,35 milliards de dollars (environ 3,184 milliards d'euros). Il s'agit d'Etats jugés modèles en matière de "suivi des performances des élèves", de "recrutement de meilleurs enseignants", et qui trouvent "des façons de sauver les écoles en difficulté qui pourraient être imitées dans le reste du pays". Le président Obama cherche ainsi à redynamiser le système éducatif américain, dans le cadre d'un programme intitulé Race to the top –à l'heure où de nombreux politiciens songent plutôt à couper dans le budget de l'éducation publique pour résorber les dettes des Etats. Arnold Schwarzenegger, gouverneur de la Californie, a notamment annoncé des gels de salaire et une hausse des frais de scolarité dans l'enseignement public dès l'été dernier. Mais les contre-mesures présidentielles suffiront-elles ? Pour l'instant, seuls les dix Etats jugés les plus performants se partageront l'argent public. Une forte motivation pour certains : le Tennessee a par exemple adopté en janvier une législation qui indexe la paie des enseignants sur les performances de leurs élèves, pour finir parmi les nominés ! Dans le même temps, le secrétaire d'Etat à l'éducation, Arne Duncan, se dit en faveur d'un développement massif des écoles "à charte" (charter schools), c'est-à-dire financées publiquement mais administrés de façon privée. Il y en aurait déjà quelque 2 000 dans le pays. Certains think tanks et syndicats critiquent fermement cette orientation. Pour eux, le développement de ces écoles semi-privées ne serait qu'une étape intermédiaire vers la privatisation totale de l'enseignement aux Etats-Unis. Certaines écoles à charte sont déjà ouvertement en quête de profits, bien que financées par les contribuables... Les parents d'élèves craignent donc, à terme, une facture plus salée qu'en conservant le système public sous sa forme actuelle, ainsi que l'exclusion des élèves à difficulté de ce système (à l'image des patients à risques exclus du système de santé privé). C'est pourquoi le 4 mars a aussi été choisi comme date pour de nombreuses marches et initiatives de protestation nationales, dans l'espoir de "sauver l'éducation publique".
Sources : Huffington Post — 3 mars, Business Week — 4 mars
Japon : les lycées bientôt gratuits ?
Le Parti Démocratique du Japon, au pouvoir depuis cette année, a promis dans le cadre de son programme électoral la fin des frais de scolarité au lycée. Ou plutôt, un dédommagement équivalent aux frais de scolarité payés dans les établissements publics aussi bien que privés. Un projet de loi déjà approuvé par le gouvernement, et qui devrait entrer en vigueur à partir d'avril, va en effet offrir à tout étudiant suivant les cours d'un lycée reconnu par l'Etat une compensation de quelque 120 000 yens par an (environ 1 000 euros). Contrairement au collège (gratuit à l'exception des uniformes, et de l'éventuelle restauration scolaire), le lycée n'est pas obligatoire. Par contre, il est toujours payant, aussi bien dans les établissements privés que dans les lycées publics. Les mieux cotés garantissent une admission dans les plus grandes universités du pays. Les élèves plus attirés par des perspectives d'emploi rapide peuvent choisir, à l'issue d'une première année d'enseignement généraliste, parmi des centaines de filières professionnalisantes : de la fabrication de céramique aux techniques de traitement de l'information, en passant par la navigation maritime ou encore l'élevage...
Source : The Asahi Shimbun — 24 février
Angleterre : 100 000 élèves n'auront pas le lycée de leur choix
Lundi 1er mars, les enfants de quelque 540 000 familles anglaises recevaient par lettre les résultats de leurs demandes d'admission en lycée. En Angleterre, l'entrée au lycée se fait par un système de voeux. Jusqu'à trois établissements sont indiqués par ordre de préférence. L'an passé, 91 896 élèves n'ont pas intégré les établissements de leur premier choix. Les chiffres exacts ne seront rendus publics que le 11 mars, mais les autorités britanniques s'attendent déjà à ce qu'environ 100 000 futurs lycéens connaissent la même déception cette année (jusqu'à un élève sur trois à Londres, où la concurrence est la plus féroce). Notamment en cause, la tendance des familles à opter pour un lycée public à l'heure où la récession réduit les budgets. Mais aussi, la fermeture généralisée d'écoles : 286 établissements secondaires anglais ont ainsi fermé au cours des dix dernières années, dont 30 % dans les deux dernières années. Des fermetures expliquées par une légère baisse du taux de natalité national, mais jugées aujourd'hui beaucoup trop hâtives par les lobbys parentaux.
Source : The Independent — 27 février
Lettonie : 30% de moins pour le budget de l'Education
En moins de cinq ans, la Lettonie est passée d'une croissance à deux chiffres à une récession économique sans précédent. Le volume des crédits a explosé, des mesures restrictives ont été prises trop tard, et la spéculation a achevé l'économie lettone lors du choc "Lehmann Brothers". La plupart des prêts privés se sont faits en euros alors que la monnaie nationale est toujours le "lat", qu'il a fallu sauver de la dévaluation à grands frais. L'Etat s'est donc depuis lancé dans une politique d'austérité, avec notamment une réduction brutale du salaire des enseignants de près de 40 % cet été. Mais ce sont les étudiants qui ont le plus protesté : à la suite d'une coupe de 30 % dans le budget global de l'Education nationale, près d'un millier d'entre eux réclamaient en fin d'année dernière la démission de la ministre de l'éducation et des sciences, Tatjana Koke. Toutefois, les classes primaires lettones ne comptaient encore que 8 à 10 élèves par enseignant ! On est bien loin de la moyenne européenne...
Sources : Ria Novosti — 1er décembre 2009, France Culture — 15 novembre 2009
Québec : un instit sur quatre veut changer de métier
Une étude récente a révélé qu'un instituteur québécois sur quatre pense quitter son métier dans les cinq ans. Nathalie Houlfort, professeure à l'École nationale d'administration publique (ENAP) de l'Université du Québec, a réalisé cette étude auprès de 2 400 enseignants québécois. D'après ses conclusions, un instituteur sur cinq travaillerait chaque jour dans un état de détresse psychologique, soit près du double du reste de la population active. Près de 60 % d'entre eux éprouveraient des symptômes d'épuisement professionnel au moins une fois par mois, et ils seraient 20 % à en faire l'expérience au moins une fois par semaine. En cause, la multiplication des élèves en difficulté dans des classes non adaptées pour eux, le mépris affiché de l'opinion publique vis-à-vis du corps enseignant, l'insouciance des autorités qui les ont récemment abandonnés avec une réforme de l'éducation bancale à gérer... L'épuisement professionnel coûterait chaque année une centaine de millions de dollars aux commissions scolaires locales. Pourtant, pour Pierre St-Germain, président de la Fédération autonome de l'enseignement (syndicat important qui accueille un tiers des enseignants), les solutions sont simples : "réduire le nombre d'élèves dans les classes, embaucher plus de professionnels pour épauler les enseignants avec les élèves en difficulté, redonner aux enseignants leur autonomie professionnelle, mettre définitivement la hache dans la réforme."
Source : La Presse — 10 février


