24.02.2010
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EDD : « Réinterroger la nature de nos rapports à l'environnement »

Ré-orienter la sen­si­bi­li­sa­tion au déve­lop­pe­ment durable vers une éduca­tion à l'environnement, telle est la pro­po­si­tion d'Yves Girault, pro­fes­seur au Muséum National d'Histoire Naturelle. Rencontre avec ce cher­cheur qui prône un retour à la nature.

Alors que les ini­tia­tives fleu­rissent pour éduquer les plus jeunes au déve­lop­pe­ment durable, quel est votre avis, en tant que cher­cheur, sur la manière dont est abordé ce sujet ?

Je pense tout d'abord que nous avons beau­coup perdu en pas­sant d'une éduca­tion à l'environnement, à une éduca­tion au déve­lop­pe­ment durable. En effet l'éducation au déve­lop­pe­ment durable s'inscrit exclu­si­ve­ment dans le cadre d'une éthique anthro­po­cen­trée pour laquelle la seule valeur attri­buée aux enti­tés natu­relles est une valeur ins­tru­men­tale. La nature devient un moyen pour par­ve­nir aux fins fixées par les êtres humains. L'éducation rela­tive à l'environnement était plus riche puisque cette approche antho­po­cen­trée était com­plé­tée par trois autres : une approche bio­cen­trée, per­met­tant d'appréhender la faune et la flore ; écocen­trée pour abor­der le fonc­tion­ne­ment des écosys­tèmes et enfin socio­cen­trée pour ins­crire la pro­blé­ma­tique de l'environnement dans un contexte social, écono­mique et poli­tique. Aujourd'hui, même si beau­coup d'initiatives prises dans le milieu sco­laire et asso­cia­tif sont tout à fait louables, il est dif­fi­cile de nier le fait que de très nom­breux pro­jets éduca­tifs pri­vi­lé­gient une approche com­por­te­men­ta­liste (tris des déchets, écono­mie d'énergie) par­fois même mora­li­sa­trice au détri­ment d'un ensei­gne­ment plu­ri­dis­ci­pli­naire, qui per­met­trait aux élèves de réin­ter­ro­ger la nature de nos rap­ports à l'environnement, tant sur des aspects éthiques que socio­lo­giques, écono­miques...

Y a-t-il une ou des approches plus adap­tées ?

Suite à la recom­man­da­tion de l'ONU de pro­mou­voir le déve­lop­pe­ment durable, nous pou­vons obser­ver des posi­tion­ne­ments entre deux pôles : l'un adop­tant, comme en France, une stra­té­gie auto­ri­taire de géné­ra­li­sa­tion et, à l'autre extré­mité, des pro­po­si­tions natio­nales plus dis­tantes de la pres­crip­tion onu­sienne, au sein des­quelles le rap­port à l'environnement est envi­sagé dans une pers­pec­tive socioé­co­lo­gique, plus ample que la seule uti­li­sa­tion ration­nelle des res­sources. Bien entendu, entre ces deux pôles, on trouve divers posi­tion­ne­ments comme en Norvège où coha­bitent une éduca­tion à l'environnement et une éduca­tion au déve­lop­pe­ment durable. Les ensei­gnants sont alors libres de s'inscrire dans l'une ou l'autre de ces approches. Quel que soit son propre posi­tion­ne­ment par rap­port à l'EDD, il semble bien dif­fi­cile, et cer­tai­ne­ment pré­ma­turé, de pro­po­ser cet ensei­gne­ment très com­plexe aux jeunes élèves des cycles 1 et 2 du pri­maire pour qui la notion de temps est déjà un obs­tacle. Il serait cer­tai­ne­ment plus per­ti­nent à leur égard de reve­nir sur une éduca­tion à l'environnement, par le biais des classes vertes, par l'apprentissage du cycle des sai­sons, par exemple, qui reposent sur le contact direct et l'interaction entre l'apprenant et son envi­ron­ne­ment pour acqué­rir des connais­sances et sur­tout per­mettre de s'imprégner phy­si­que­ment et affec­ti­ve­ment de cet envi­ron­ne­ment.

Les ensei­gnants ont-ils les res­sources et les moyens suf­fi­sants pour mettre en oeuvre ce pro­jet de sen­si­bi­li­sa­tion au déve­lop­pe­ment durable ?

Il existe à ce jour de très nom­breuses res­sources sur l'EDD pour aider les ensei­gnants. Cependant, au vu de la com­plexité de la tâche, la ques­tion est de savoir si celles-ci sont suf­fi­santes. Le pre­mier obs­tacle, rare­ment pris en compte dans ces res­sources, incombe à la por­tée poli­tique du déve­lop­pe­ment durable. Comment trai­ter de ce sujet sans occul­ter le sou­bas­se­ment poli­tique, et ses pré­sup­po­sés idéo­lo­giques et éthiques ? D'autre part, les pra­tiques pro­fes­sion­nelles des ensei­gnants sont ici mises à mal car dans le cadre de l'EDD les savoirs mobi­li­sées ne sont pas sta­bi­li­sés. Les ensei­gnants doivent donc abor­der des ques­tions socia­le­ment vives qui sont dis­cu­tées tant dans la com­mu­nauté des cher­cheurs que dans la société. Compte tenu enfin du spec­ta­cu­laire déve­lop­pe­ment d'internet et de la presse, les élèves ont égale­ment accès en temps réel à la dif­fu­sion de ces infor­ma­tions. L'enseignant doit donc, sans avoir par­fois lui-même un recul néces­saire, apprendre aux élèves à cher­cher et à vali­der de l'information, à débattre, et à ana­ly­ser la nature des argu­ments uti­li­sés. Ceci néces­site de repen­ser pro­fon­dé­ment la for­ma­tion ini­tiale et conti­nue des enseignants.


Laura Houeix

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