18.02.2010
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L'école mathématique française est la meilleure au monde

Jean-Yves Chemin dirige la Fondation Sciences Mathématiques de Paris(1). La fon­da­tion est un pôle de recherche d'excellence, qui attire les plus grands mathé­ma­ti­ciens fran­çais et étran­gers. Elle regroupe aussi le plus grand nombre de mathé­ma­ti­ciens au monde. Jean-Yves Chemin nous la présente.

Comment est née l'idée de créer cette fondation ?

Elle remonte à février 2006, à l'initiative du minis­tère de l'Enseignement supé­rieur et de la Recherche, qui vou­lait créer une struc­ture regrou­pant plu­sieurs uni­ver­si­tés et grandes écoles autour d'un réseau de labo­ra­toires de recherche, unis pour mettre en place des pro­grammes ori­gi­naux. Or les mathé­ma­tiques à Paris cor­res­pon­daient par­fai­te­ment à ce pro­jet ministériel.

Comment s'est construit ce projet ?

Ce pro­jet a été monté par les direc­teurs de labo­ra­toires ou de dépar­te­ments en mathé­ma­tiques et en infor­ma­tique fon­da­men­tale à Paris 6 et Paris 7, ainsi que par le CNRS et l'Ecole Normale Supérieure. Il faut y ajou­ter la par­ti­ci­pa­tion du labo­ra­toire Ceremath de Paris 9. La rédac­tion du pro­jet s'est faite col­lec­ti­ve­ment. En nous regrou­pant, nous avons pris conscience de l'importance de cette com­mu­nauté de mathé­ma­ti­ciens à Paris. Il faut savoir que Paris est le lieu où se trouve la plus grande concen­tra­tion de mathé­ma­ti­ciens au monde. Plus de 1100 cher­cheurs y sont pré­sents actuel­le­ment, dont 600 per­ma­nents. Parmi eux, on compte quatre médailles Fields en acti­vité. Pour don­ner un autre chiffre signi­fi­ca­tif : au Congrès mon­dial des mathé­ma­ti­ciens — événe­ment majeur de la dis­ci­pline, au cours duquel les médailles Fields sont d'ailleurs remises — sur les 12 confé­rences plé­nières qui seront don­nées cette année, 3 le seront par des membres de la fon­da­tion. Et au Congrès euro­péen de 2008, où 11 prix étaient remis à de jeunes cher­cheurs (de moins de 35 ans), 3 l'ont été à des jeunes de la fondation.

La France est-elle la cham­pionne des maths ?

L'école mathé­ma­tique fran­çaise est au top niveau mon­dial. Sa spé­ci­fi­cité par rap­port aux Etats-Unis, qui se basent sur­tout sur des apports exté­rieurs, est d'être une vraie école natio­nale. C'est la meilleure au monde.

 Quelle for­ma­tion est pro­po­sée à la fon­da­tion ? Des diplômes sont-ils délivrés ?

Nous n'avons pas nos propres ensei­gne­ments et ne déli­vrons pas de diplômes. Les pro­grammes de la fon­da­tion s'appuient entiè­re­ment sur les struc­tures (ensei­gne­ments, labo­ra­toires, diplômes...) des uni­ver­si­tés fon­da­trices et par­te­naires, et de l'Ecole Normale Supérieure. Lorsque nous sou­te­nons des étudiants, c'est pour qu'ils effec­tuent leur cur­sus dans ces établis­se­ments. Les cher­cheurs que nous atti­rons vont tra­vailler dans ces labo­ra­toires. Il n'est pas ques­tion pour nous de faire sor­tir quoi que ce soit des uni­ver­si­tés. Au contraire, notre rôle est de favo­ri­ser l'activité dans les labo­ra­toires de nos fondateurs.

Vous faites en quelque sorte du recru­te­ment de chercheurs ?

Oui, on peut dire cela. Concrètement, pour recru­ter les 15 cher­cheurs post-doc (fran­çais et étran­gers) par exemple, nous lan­çons un appel d'offres dans les grandes revues de mathé­ma­tiques inter­na­tio­nales, ainsi que par mail à envi­ron 2000 labo­ra­toires dans le monde, en octobre. Cet appel d'offre est clos le 15 décembre. Suite à cela nous lis­tons envi­ron 150 can­di­dats. Chacun est recom­mandé par un cher­cheur membre des labo­ra­toires, ce qui établit d'emblée un filtre. La moti­va­tion du cher­cheur qui va accueillir le post-doc est abso­lu­ment capi­tale pour que soit rete­nue la can­di­da­ture. Le jury qui fina­le­ment choi­sit les lau­réats est com­posé de quinze per­sonnes, dont huit sont exté­rieures au réseau de la fon­da­tion et, parmi ces huit, trois sont étran­gères. Chaque can­di­dat retenu par nous est ensuite embau­ché par l'université de son labo­ra­toire de rat­ta­che­ment, pour un ou deux ans.

Concrètement, com­ment travaillez-vous au sein de la fondation ?

Je suis pro­fes­seur à l'université Pierre et Marie Curie, et j'ai une demi-décharge de ser­vice pour exer­cer ma fonc­tion de direc­teur de la fon­da­tion. Je pour­suis paral­lè­le­ment mes acti­vi­tés de recherche. Il n'est pas facile de tout cumu­ler. Les deux direc­teurs adjoints et la direc­trice du déve­lop­pe­ment sont dans la même situa­tion. Les deux direc­teurs adjoints et moi-même avons été choi­sis parce qu'auparavant, nous étions direc­teurs de fédé­ra­tions de recherche au sein du CNRS. Nous avions donc déjà l'habitude de tra­vailler sur des struc­tures regrou­pant plu­sieurs enti­tés de recherche. L'équipe sala­riée est petite : elle compte trois per­sonnes pour la ges­tion admi­nis­tra­tive et finan­cière et la communication.

A côté du pôle d'excellence scien­ti­fique, jouez-vous aussi un rôle par rap­port au grand public ?

Oui, nous avons ce rôle. Nous avons par­ti­cipé pour une large part à l'organisation du col­loque des­tiné au grand public Maths à Venir 2009, qui s'est tenu en décembre der­nier. Pour les étudiants en fin de licence et en maî­trise, nous orga­ni­sons Mathématiques en mou­ve­ment, une jour­née de confé­rences qui a lieu chaque année, et qui est ani­mée par les cher­cheurs de la fon­da­tion. L'objectif est de mon­trer, lors de courtes inter­ven­tions, de façon acces­sible à ces étudiants, ce qui se fait dans le domaine de la recherche. Les inter­ve­nants de cette jour­née sont plu­tôt de jeunes cher­cheurs, sou­vent des thé­sards, afin de créer une proxi­mité avec les étudiants de licence, et de leur don­ner envie de pour­suivre en recherche mathé­ma­tique. La Fondation est égale­ment pré­sente sur le Salon des Jeux mathé­ma­tiques à Paris. Nous allons aussi par­ti­ci­per à la com­mu­ni­ca­tion autour de la remise du très pres­ti­gieux prix Clay qui se tien­dra à Paris au mois de juin. Enfin, nous sommes en contact avec une chaîne de télé pour réa­li­ser un ou des films sur les maths — mais pour l'instant, cette ini­tia­tive est encore à l'état de projet.

Auriez-vous un mes­sage pour les ensei­gnants de mathé­ma­tiques du secon­daire, qui pré­parent les futurs étudiants ?

Enseigner dans le secon­daire est un métier très dur, de plus avec un quota horaire dis­ci­pli­naire qui ne cesse de dimi­nuer. Les mathé­ma­tiques ont perdu en horaire l'équivalent d'une année en fin de ter­mi­nale S par rap­port aux anciennes ter­mi­nales C. (5h30 au lieu de 9h par semaine ndlr). Il serait très posi­tif de faire mieux connaître aux ensei­gnants de lycée l'excellence de la recherche mathé­ma­tique fran­çaise. Il fau­drait peut-être aussi qu'ils insistent plus sur le fait que les mathé­ma­tiques sont aujourd'hui omni­pré­sentes dans notre quo­ti­dien (ima­ge­rie numé­rique, Internet, jeux vidéo, etc.).


Sandra Ktourza

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