Revue de la semaine du 8 au 12 février 2010
Spécial USA : Le gouvernement américain veut augmenter les aides aux étudiants
Le président des Etats-Unis essaie de sauver l'économie américaine sans faire une croix sur la santé, ni l'éducation. Pour 2011, il demande notamment au Congrès une hausse des bourses d'Etat à l'éducation supérieure ("Pell Grants", ou bourses Pell), qui s'élèvent déjà à plus de 5 500 dollars pour les élèves les plus défavorisés. D'un montant de 3 000 dollars en moyenne, elles ont bénéficié à 6,1 millions d'étudiants en 2008-09, soit 60 % de bénéficiaires de plus qu'il y a dix ans. Pour certains, ces bourses sont responsables d'un cercle vicieux : si leur montant augmente régulièrement depuis leur création, en 1973 (plafonné alors à moins de 1 500 dollars), les frais de scolarité universitaires suivent une progression encore plus rapide. Les universités sont soupçonnées d'intégrer l'aide fédérale dans le calcul de leurs frais. Mais l'impact de la dégradation de l'économie et de la chute du dollar ne peut pas être négligé. D'autant que de nombreux étudiants sont inéligibles à toute forme d'aide, et doivent recourir à des prêts individuels. Le président Obama souhaiterait se passer de certaines banques fédérales comme intermédiaires dans l'accord de nombreux prêts étudiants (abandon du "FFEL Program"), afin que l'Etat en devienne le gestionnaire unique ("Direct-loan Program"). Malgré les économies annoncées (87 milliards de dollars sur 10 ans), les Américains se sentent mal à l'aise devant cet excès d'interventionnisme. Pour faire passer sa réforme de l'éducation au complet ("SAFRA Bill"), déjà validée par les députés, Obama aurait plus que jamais besoin de la majorité absolue au Sénat
majorité perdue d'un siège le 19 janvier dernier.
Sources : The New York Times, TIME, GovTrack, Committee on Education & Labor
Enseignement public : à mi-chemin du privé
Seuls 10 % des élèves américains étudient dans le privé. Mais le système scolaire public, fortement décentralisé, est aussi très inégalitaire. Chaque Etat américain établit un socle de connaissances minimum. Au sein de l'Etat, les "school boards" (comités d'éducation) locaux décident des lignes budgétaires et du recrutement dans les dizaines de "school counties" (circonscriptions de la carte scolaire). Chaque établissement scolaire établit ensuite librement son programme. La cote des écoles et lycées est donc très variable. Et si l'éducation primaire et secondaire est gratuite, les subventions fédérales sont insuffisantes pour s'offrir chaque année des manuels récents ou organiser un gala de promotion. C'est pourquoi même les établissements publics ont officiellement recours au mécénat. Notamment celui des compagnies productrices de sodas et de "snacks", qui se sont longtemps livrées des guerres de surenchère pour des contrats de distribution exclusifs. Quant aux universités publiques, elles sont libres de fixer leurs frais de scolarité : en 2009-10, il fallait compter en moyenne 7 020 dollars pour une année de "Bachelor's" (équivalent licence)
Sources : U.S. Department of Education, CollegeBoard, The Washington Post
Enseignement supérieur : la rentabilité prime sur la culture générale
En temps de crise, il faut s'assurer un emploi. Or, les universités américaines imposent une spécialisation beaucoup plus accrue que le modèle européen, avec le choix d'une "major" — il n'est donc pas question de se disperser. Le panel des filières universitaires est le reflet direct des réalités économiques. Puisque le marché asiatique est en plein boom, les études de langues "rares" comme l'arabe ou le chinois enregistrent des hausses record, au détriment notamment du français. Si une filière n'est plus rentable, on l'élimine : c'est ainsi que l'Université d'État de Louisiane à Lafayette a fait une croix sur les études de philosophie en avril dernier. L'université d'Etat de Michigan se débarrasse, elle, de ses études de lettres et de civilisation. La culture générale est devenue un luxe. Les parents veulent du concret et poussent leurs enfants vers les métiers qui seront toujours nécessaires : comptables, ingénieurs, ... Autre signe des temps, on crée des masters hautement spécialisés, de la "médecine narrative" à la gestion d'écoles publiques en difficulté. Un job d'avenir, assurément.
Source : The New York Times
Un modèle qui lâche prise : l'exemple de Yale
Malgré les efforts présidentiels et la recherche de formations rentables, le modèle d'éducation américain chute avec son économie. L'exemple le plus marquant est probablement l'université de Yale (Connecticut), qui affiche un déficit de 150 millions de dollars. Pour éponger cette dette qui la poursuit depuis l'année dernière, l'université annonce des suppressions de postes, des gels de salaire, des budgets de recherche limités, des effectifs post-licence réduits de 10 à 15 % — et quelques économies de bouts de chandelles, comme d'abaisser le chauffage à 68° Farenheit (20°C). Cette université privée fait partie des huit plus prestigieux établissements du pays, l'"Ivy League", tout comme Harvard, Columbia, Princeton... Avec des bugets courants de plusieurs milliards de dollars, ces géants de l'enseignement dépendent notamment des dividendes sur leurs capitaux investis ("endowment"), habituellement de l'ordre de 15%, pour boucler leur budget. La crise financière les touche d'autant plus durement : les titres concernés auraient perdu près d'un tiers de leur valeur en 2009.
Sources : Yale University, The New York Times, Times Online
Australie : Mesures en faveur des élèves aborigènes
Les 400 000 aborigènes constituent en Australie — un pays qui compte 20 millions d'habitants — une communauté déshéritée. Si le niveau scolaire des élèves aborigènes a connu une amélioration ces dernières années, l'écart de réussite avec les enfants du reste de la population demeure "inacceptable", selon les termes employés par Brendan Nelson, le ministre de l'Education. Le nombre d'élèves issus de la communauté ayant achevé leur 12e année (équivalent de la Terminale) est passé de 29 % en 1996 à 38 % en 2002, soit un taux de réussite deux fois moins important que celui des élèves non aborigènes. Aussi le Premier ministre, John Howard, a annoncé une augmentation de 2 milliards de dollars au programme de soutien de l'éducation des élèves aborigènes. Quelque 45 000 enfants en difficulté recevront des cours particuliers de lecture, d'écriture et de mathématiques. Le gouvernement a par ailleurs modifié, en fonction des zones territoriales, la façon dont sont attribués les financements. Les écoles des régions éloignées de l'Ouest australien, dans lesquelles vivent la majorité des aborigènes, seront désormais privilégiées.
The Sydney Morning Herald, 5 avril 2004, www.smh.com.au


