13.01.2010
Aucune réaction

Jacques Perrin : les scientifiques ont soutenu dès le départ Océans

Après Le Peuple Migrateur, Jacques Perrin revient avec un mer­veilleux film, qui s'intéresse cette fois aux ani­maux des fonds marins : Océans. Jacques Perrin nous explique com­ment il a réa­lisé son film, aux images épous­tou­flantes, et quel mes­sage, en par­ti­cu­lier pour les plus jeunes, Océans contient.

Comment est née l'idée de réa­li­ser Océans ?

Avec Jacques Cluzaud, j'avais déjà réa­lisé Le Peuple Migrateur, une for­mi­dable explo­ra­tion de l'espace aérien à 3 dimen­sions aux côtés des oiseaux… une aven­ture humaine bou­le­ver­sante… Jacques et moi avons pensé à l'autre uni­vers à 3 dimen­sions, l'océan… et nous avons rêvé d'accompagner les pois­sons dans leurs courses les plus folles, même lorsqu'ils nagent à pleine vitesse. Nous vou­lions être dau­phins avec les dau­phins, pois­sons parmi les pois­sons… et cette idée nous a enthou­sias­més… Après, il a fallu mettre au point les machines pour fil­mer les thons en migra­tion et les dau­phins qui caval­cadent à 40 km/h dans une mer démon­tée… Et il a fallu trou­ver l'argent pour que les équipes aient le temps d'attendre l'instant magique où l'animal offre la ren­contre...

Qu'est-ce qui dis­tingue Océans d'un docu­men­taire "clas­sique" sur les ani­maux sous-marins ?

Océans est un film natu­ra­liste, un opéra sau­vage, qui immerge le spec­ta­teur aux côtés des ani­maux marins en mou­ve­ment ! Océans ne décrit pas l'histoire natu­relle d'une espèce, il fait par­ta­ger aux spec­ta­teurs quelques ins­tants de vie par­ti­cu­liè­re­ment intenses en émotions. L'animal n'est pas un objet d'étude filmé de loin pour mieux décrire les détails de sa vie, c'est un per­son­nage qui s'exprime, et nous sommes si près que nous res­sen­tons ce qu'il vit. Nous avons par­ti­cu­liè­re­ment soi­gné la bande sonore pour que le spec­ta­teur entende ce qu'entendent les ani­maux. Nous avons envoyé notre ingé­nieur du son, Philippe Barbeau, aux 4 coins du monde pour enre­gis­trer le chant des baleines en chasse, la plainte des phoques ou le son du dugong et des pois­sons– per­ro­quets qui broutent ! Mais nous lui avons demandé beau­coup plus : nous vou­lions entendre ce que le pois­son per­çoit grâce à sa ligne laté­rale, sen­sible à la moindre vibra­tion. Comme lui, nous vou­lions dis­tin­guer immé­dia­te­ment le pas de la lan­gouste sur un fond de sable et le moindre mou­ve­ment de nageoire qui imprime une vibra­tion dans l'eau. Océans pro­pose aux spec­ta­teurs une immer­sion qui ne peut pas être trou­blée par un com­men­taire dis­tan­cié et infor­ma­tif comme dans un docu­men­taire. Ce com­men­taire tra­di­tion­nel, don­nant les noms des espèces et des lieux de tour­nage, rédui­rait l'océan à la des­crip­tion de quelques-uns de ses éléments. Il ne ren­drait pas compte de sa dimen­sion poé­tique. En revanche, nous espé­rons que cette immer­sion don­nera l'envie d'aller voir sous la sur­face et de pro­té­ger, non parce qu'on nous le dit mais parce qu'on le res­sent.

Comment avez-vous choisi les espèces que vous avez fil­mées et pour­quoi ? et les avez-vous fil­mées dans le monde entier ?

Nous ne vou­lions sur­tout pas nous can­ton­ner à la des­crip­tion de quelques espèces parmi les 250.000 que les scien­ti­fiques ont décrites et les mil­lions d'autres que nous ne connais­sons pas. Nous ne vou­lions pas non plus par­tir dans une quête des espèces rares. Nous vou­lions évoquer tout l'océan et ses créa­tures. Nous avons donc choisi les espèces pour ce qu'elles évoquaient, pour les émotions qu'elles sus­ci­taient. Par exemple, nous sou­hai­tions mon­trer les ripailles pri­mi­tives de l'océan ; nous avons évidem­ment choisi de fil­mer le "sar­dine run" en Afrique du Sud, au cours duquel des mil­liers de dau­phins pour­chassent des mil­liards de sar­dines. En les repous­sant près de la sur­face, ils les offrent aux attaques ver­ti­gi­neuses des oiseaux de mer, à l'assaut des requins, des ota­ries et des baleines. Nulle part ailleurs, on ne peut  "par­ta­ger" un tel fes­tin sau­vage. Nous vou­lions expri­mer la grâce de l'océan, la raie manta s'est impo­sée, 5 tonnes d'élégance qui planent avec la pré­ci­sion de l'hirondelle et la majesté de l'albatros. La ten­dresse de l'océan ? Aucun ani­mal marin mieux qu'une mère morse, enla­çant son nouveau-né comme une Madone, n'exprime la charge émotion­nelle de la mater­nité… Raconter le moment incroyable où, pour la pre­mière fois, les créa­tures de l'océan se sont ris­quées sur la terre ferme ? Nous avons choisi les limules qui n'ont pas changé depuis 400 mil­lions d'années, mais égale­ment l'iguane marin, qui est un ani­mal très moderne, mais dont la mor­pho­lo­gie évoque les dino­saures et les dra­gons. C'est ainsi que, peu à peu, avec l'aide des scien­ti­fiques, nous avons consti­tué notre bes­tiaire.

Pour réa­li­ser votre film, vous avez tra­vaillé avec des plon­geurs excep­tion­nels — comme celui qui nage à côté du Grand Blanc, image abso­lu­ment épous­tou­flante - et vous vous êtes donc aussi entouré de nom­breux scien­ti­fiques ?

Nous avons eu, dès le départ du pro­jet, l'appui de la com­mu­nauté scien­ti­fique, réunie au sein du plus ambi­tieux pro­gramme océa­no­gra­phique de tous les temps : le "Census of Marine Life". Ce pro­gramme, qui réunit plu­sieurs mil­liers de cher­cheurs de 80 pays, recence les espèces marines pour com­prendre les océans actuels. Ces scien­ti­fiques nous ont offert leurs connais­sances. Et aujourd'hui, enthou­sias­més par le film achevé, ils sou­tiennent et accom­pagnent la pro­mo­tion du film dans le monde entier. Nous avons égale­ment fait appel à des plon­geurs camé­ra­mans, David Reichert, René Heuzey, Didier Noirot, Yasushi Nakamura et bien d'autres, qui ont une for­mi­dable expé­rience de la mer. Quant à François Sarano, le plon­geur qui nage épaule contre nageoire avec le grand requin blanc, il a passé 13 ans aux côtés du com­man­dant Cousteau, sur la Calypso, et avait déjà plongé avec des grands requins blancs. Il nous a convaincu que c'était notre mécon­nais­sance qui était à l'origine des légendes infon­dées sur les requins. Nous avons ainsi plongé libre­ment et serei­ne­ment avec de très grands requins pour balayer ces idées reçues.

Quel est votre mes­sage, en par­ti­cu­lier pour les plus jeunes — on note en effet la pré­sence d'un petit gar­çon dans votre film...

La mer est le der­nier grand ter­ri­toire sau­vage que nous avons blessé par insou­ciance, par incons­cience et caprice. Il est facile d'améliorer notre rela­tion avec l'océan et ses créa­tures. Chaque fois que l'on a pris des mesures de pré­ser­va­tion cela a mar­ché for­mi­da­ble­ment. La nature se débrouille très bien seule, elle n'a nul besoin que nous l'entretenions. Nous avons tout à gagner à lais­ser des espaces de liberté à la vie sau­vage, car elle donne envie de par­ta­ger sa majesté et la paix qu'elle nous pro­cure.

Votre mes­sage est-il aussi un peu caché dans la lettre "oméga" de votre titre ?

Omega est la der­nière lettre de l'alphabet grec. Elle englobe tout, elle résume tout,… comme l'océan, sans qui notre pla­nète bleue ne serait pas.


Pour travailler en classe

–Des docu­ments d'accompagnement péda­go­giques pour le pre­mier et le second degrés sont dis­po­nibles sur le site offi­ciel du film


–Un entre­tien avec François Sarano, océa­no­logue, co-scénariste du film, super­vi­seur de ces documents

Sandra Ktourza

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Aucune réaction