08.12.2009
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Claire-Marie Le Guay : il faudrait que les musiciens interviennent davantage à l'école

Claire-Marie Le Guay don­nait le 7 décembre un concert au théâtre de l'Athénée, des­tiné aux élèves de l'école pri­maire*. En rési­dence actuel­le­ment au théâtre, la pia­niste sou­haite en effet y appor­ter une forte dimen­sion péda­go­gique. Elle nous explique com­ment elle la met en oeuvre.

Comment est né ce pro­jet de rési­dence et quels sont les grands axes autour des­quels vous avez décidé de la construire ?

Tout est parti d'un réci­tal de piano que j'ai donné à l'Athénée. J'ai à la suite de ce concert ren­con­tré Patrice Martinet (direc­teur de l'Athénée ndlr), qui m'a pro­posé cette rési­dence. Pour moi, deux axes essen­tiels sont appa­rus : don­ner accès à la musique aux enfants et pas­ser com­mande à des com­po­si­teurs. Et tou­jours avec l'idée de faire le lien entre passé et pré­sent, en don­nant toute leur place aux com­po­si­teurs clas­siques illustres et aussi aux grands com­po­si­teurs contem­po­rains.

Quelle est la durée de cette rési­dence ?

Elle a démarré en jan­vier der­nier, se pour­suit sur 2010, et pour l'instant, je ne sais pas quand elle se ter­mi­nera…

Comment avez-vous construit votre volet péda­go­gique, et par exemple com­ment s'est fait le choix des oeuvres du concert du 7 décembre ?

Pour moi, le choix des oeuvres jouées pour les enfants s'est fait exac­te­ment comme je l'aurais fait pour des adultes. J'ai choisi des oeuvres que j'aimais. Je veux juste gui­der les enfants sur le che­min de la musique plu­tôt que de choi­sir des oeuvres qui soient a priori pour eux. Je veux leur don­ner par la pré­pa­ra­tion dans les écoles (Claire-Marie Le Guay inter­vient d'abord dans les classes auprès des élèves pour leur pré­sen­ter des extraits des oeuvres qu'ils enten­dront par la suite au concert ndlr) un accès, des points de repère, une connais­sance de ce qu'ils vont entendre ici, mais ce qui compte avant tout pour moi, c'est la diver­sité, c'est de leur faire décou­vrir des oeuvres clas­siques, roman­tiques, contem­po­raines etc. Il faut leur don­ner la chance d'entendre un peu de tout et de faire leur propre che­min à par­tir de cela.

Avant votre rési­dence, aviez-vous déjà tra­vaillé avec des classes ?

J'ai com­mencé il y a quelques années, j'avais mis en place un pro­jet avec une pro­fes­seur de lettres des Mureaux, avec une classe sur un an. L'année sco­laire s'était ache­vée par un récital-rencontre, où les élèves, qui avaient tra­vaillé toute l'année sur des oeuvres musi­cales en rela­tion avec des oeuvres lit­té­raires, pou­vaient poser toutes leurs ques­tions. Sur une classe de trente, ils m'ont tous écrit après, et un seul élève m'a dit que la musique clas­sique ne l'intéressait tou­jours pas. Tous les autres m'ont dit qu'ils avaient décou­vert quelque chose, que les musi­ciens et la musique étaient fina­le­ment acces­sibles. Les sté­réo­types ont été cas­sés et pour moi, le pari était gagné ! Il faut com­prendre ce qu'on écoute pour pou­voir l'aimer. Mon rôle était de leur don­ner des clefs pour cela.

Est-ce que beau­coup de musi­ciens de votre enver­gure font la démarche d'aller dans les établis­se­ments à la ren­contre des élèves ?

Avec un tel enga­ge­ment, je ne sais pas, mais pour moi, c'est une de nos mis­sions. Il faut rendre la musique plus pré­sente dans les écoles. Il est vrai qu'il existe déjà des pro­jets péda­go­giques avec des orchestres, mais avec des musi­ciens indi­vi­duel­le­ment, beau­coup moins je pense.

Est-ce qu'aujourd'hui, cette ren­contre avec les musi­ciens n'est pas quelque chose qui manque à l'école ?

Cette ren­contre est en effet idéale, mais ce n'est pas tou­jours facile à orga­ni­ser : du côté de l'école, il faut res­pec­ter les pro­grammes, et du côté du musi­cien, cela demande de l'énergie, mais il y a beau­coup de répon­dant.

Vous avez de bons retours des élèves ?

Oui, l'an der­nier, j'ai reçu des des­sins, des poèmes, et dans une classe, chaque élève est venu m'apporter une rose !

Dans votre tout der­nier album**, on trouve des pièces pour enfants. Peut-on faire le lien avec votre rési­dence, et ces pièces jus­te­ment peuvent-elles être uti­li­sées par les ensei­gnants ?

Absolument, d'autant que la com­pré­hen­sion est faci­li­tée par les titres. Ce qui est impor­tant, c'est de sus­ci­ter le rêve et l'imagination chez les enfants. Ils peuvent for­mu­ler ce qu'ils res­sentent par les mots, par des des­sins. L'essentiel est de leur lais­ser la parole.




*Claire-Marie Le Guay pro­pose aux écoles pri­maires fran­ci­liennes (du CP au CM2) un pro­jet péda­go­gique de
l'apprenti-mélomane


**"Gubaidulina : Portrait". Cet album com­prend "Musical Toys", une col­lec­tion de courtes pièces pour piano pour enfant


 


Photo : © Thierry Cohen


Propos recueillis par Sandra Ktourza

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