23.11.2009
Aucune réaction

Jean-Jacques Beineix : il faut que les cinéastes rencontrent les scientifiques et vice-versa

Jean-Jacques Beineix est, pour la seconde fois, le par­rain de Cinémascience, le fes­ti­val du film de science du CNRS (du 1er au 6 décembre à Bordeaux). Il nous explique pour­quoi ce fes­ti­val lui tient à coeur.

Vous avez accepté d'être à nou­veau le par­rain du fes­ti­val Cinémascience. Qu'est-ce qui vous a motivé ?

Le par­rai­nage implique un cer­tain suivi. Un fes­ti­val est une aven­ture au long terme, donc à par­tir du moment où j'avais par­rainé le pre­mier, j'avais envie d'apporter à nou­veau ma contri­bu­tion.

Pour vous, le cinéma est-il le meilleur moyen de faire connaître les pro­blé­ma­tiques et les enjeux de la science au public ?

Ce n'est pas le seul, mais c'est un des moyens. Le cinéma est un art uni­ver­sel, il touche le monde entier, c'est le spec­tacle le plus popu­laire, avec le foot­ball. Il reste un des pro­grammes les plus vus et les plus dif­fu­sés à la télé­vi­sion, il béné­fi­cie d'une cer­taine liberté. Enfin, il est lui-même le fruit d'une science et d'une tech­no­lo­gie, avec laquelle il évolue.

Le cinéma et la science sont donc liés ?

Les domaines dans les­quels la science s'exerce sont infi­nis, comme ceux de la créa­tion. Les créa­teurs et les scien­ti­fiques ont des valeurs com­munes : ils repoussent les limites, ils essaient de maté­ria­li­ser leurs rêves. Ils sont tou­chés par le même ver­tige : celui de la connais­sance et de l'inconnu, et avec lui, l'envie d'aller l'explorer. L'imaginaire a beau­coup d'importance dans la science, dans l'expérimentation. Les gens que j'ai ren­con­trés au CNRS m'apparaissent en cela très proches des gens du cinéma. Il me sem­blait donc inté­res­sant, pour toutes ces rai­sons, d'aider à construire un dia­logue entre la science et le cinéma. De ce dia­logue pour­ront naître des pro­jets de films futurs — et pas uni­que­ment des films docu­men­taires, illus­trant des faits scien­ti­fiques.

Justement, tous les genres ciné­ma­to­gra­phiques ont-ils leur place dans le fes­ti­val ?

Tous les genres sont repré­sen­tés et égale­ment toutes les grandes thé­ma­tiques scien­ti­fiques. On peut bien sûr aller au-delà du simple docu­men­taire et de la simple illus­tra­tion. Les films qui parlent de science peuvent déclen­cher un débat, c'est cela qui compte. Cinémascience n'est pas un énième fes­ti­val ciné­ma­to­gra­phique : il est fondé sur la syner­gie et la ren­contre. Des riches débats qui auront lieu, j'attends d'ailleurs des suites…

Pouvez-vous nous en dire plus ?

J'en attends que des cinéastes ren­contrent des scien­ti­fiques et aient envie de tra­vailler avec eux, et vice-versa. La science a du mal aujourd'hui à faire par­ler d'elle. Il y a un défi­cit en com­mu­ni­ca­tion, la place de la science à la télé­vi­sion et même au cinéma est insuf­fi­sante. Le dia­logue fera com­prendre que la science est un domaine idéal pour le cinéma.

Mais la science est déjà pré­sente au cinéma, en par­ti­cu­lier avec la science-fiction…

Oui, mais il faut enri­chir cela de débats por­tant sur les dif­fé­rences entre la science-fiction, la pros­pec­tive, l'intuition poé­tique. Il faut frot­ter entre elles la recherche scien­ti­fique, son exac­ti­tude, et la recherche créa­trice. Et réflé­chir à la place de l'intuition dans les films. C'est le rôle de ce fes­ti­val. Je vais vous don­ner un exemple : actuel­le­ment passe au cinéma un film de science-fiction amé­ri­cain à gros bud­get : "2012, la fin du monde". Ce film, qui repose sur des théo­ries inexactes, a été démonté point par point par la NASA. Mais ce n'est pas cela qui importe : ce qui compte, c'est que ce film va ouvrir sur des débats, et qu'il per­met­tra la ren­contre entre une intui­tion, une peur — celle de la fin du monde– et une réa­lité avec son approche scien­ti­fique. Il s'agit certes d'une peur ances­trale, mais scien­ti­fi­que­ment de toute manière, la fin du monde est pro­gram­mée !

Parlons de vos pro­jets : la science est-elle un sujet qui vous ins­pire ?

Oui, sur­tout les sciences humaines : la psy­cho­lo­gie, l'avenir de notre société… Je dis­tri­bue actuel­le­ment un film, "La fin de la pau­vreté ?" –que nous allons d'ailleurs pro­ba­ble­ment pré­sen­ter au fes­ti­val– qui parle de la pau­vreté et des sys­tèmes écono­miques, et se demande pour­quoi la pau­vreté per­dure et ne fait qu'augmenter. Des scien­ti­fiques du CNRS tra­vaillent sur ce sujet et dans ce film, des spé­cia­listes des ques­tions écono­miques comme Joseph Stiglitz prennent la parole.


Sandra Ktourza

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Aucune réaction