23.09.2009
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Sophia Aram : ''j'ai de la tendresse pour les enseignants''

Son spec­tacle Du plomb dans la tête* fait un tabac ! Si le one-woman-show de Sophia Aram est avant tout une comé­die hila­rante et caus­tique, elle met le doigt sur les dys­fonc­tion­ne­ments de l'école de façon très sérieuse. Sophia Aram nous dévoile com­ment elle a construit son spec­tacle et voit parents et enseignants.

Avez-vous puisé dans la réa­lité pour construire votre spec­tacle, où les per­son­nages sont tout de même très impres­sion­nants**?

Oui, je suis par­tie de la réa­lité que j'ai bien sûr cari­ca­tu­rée. La direc­trice d'école par exemple est un peu ma prof de fran­çais de pre­mière, qui avait voulu me réorien­ter en classe de BEP. Or j'ai eu d'excellentes notes au bac de fran­çais –que je lui ai d'ailleurs mon­trées… Mais l'idée de ce spec­tacle est par­tie du per­son­nage de Farida, que j'ai réel­le­ment ren­con­trée en réunion de parents d'élèves –et édul­co­rée dans mon spec­tacle… Puis, j'ai observé des choses en réunion de parents d'élèves, entendu des récits ter­ribles sur les cel­lules de sou­tien psy­cho­lo­gique à l'école, ou encore dis­cuté avec des amies ensei­gnantes pour construire le per­son­nage de la jeune sta­giaire IUFM. Je me suis aussi ins­pi­rée de tous les excès des mamans que je vois, qui n'arrivent pas à cou­per le cor­don avec leur enfant, et sont hyper-angoissées quand elles doivent le lais­ser à l'école. C'est en par­tant de cela que j'ai construit le per­son­nage de la mère de Marie-Caméliane, qui allaite encore sa fille à cinq ans.

Pour vous, les parents exa­gèrent ?


Pour moi, l'école doit res­ter le lieu des enfants. Et ce que j'ai voulu dire dans le spec­tacle, c'est que les parents étaient trop pré­sents. Tous les types de parents, car j'ai mon­tré une école où il y avait un vrai bras­sage social. Malheureusement dans la pra­tique, ce n'est plus trop le cas, à part en pri­maire, alors qu'à mon époque, j'ai eu la chance de le vivre.

Comment s'est pas­sée votre sco­la­rité, quelle élève étiez-vous ?

J'ai fait ma sco­la­rité à Trappes et j'y étais très heu­reuse. Moi, enfant d'immigrés vivant en HLM, je côtoyais des enfants de méde­cins et autres, parce que le pro­jet péda­go­gique de mon lycée atti­rait tous les milieux. Le pro­jet en effet était de faire venir à Trappes les élèves de toutes les villes pai­sibles des Yvelines envi­ron­nantes. Pour moi, ce bras­sage a été très enri­chis­sant. Aujourd'hui, c'est ter­miné, le pro­jet péda­go­gique n'existe plus et le lycée est devenu un ghetto et n'accueille plus que les enfants de Trappes. Mes années lycée étaient mes plus belles années. C'est là que j'ai décou­vert le théâtre grâce à mes profs qui étaient extra­or­di­naires. C'est pour ça que j'ai de la ten­dresse pour les ensei­gnants. Ils ont été impor­tants dans ma vie.

Cela se res­sent, car l'enseignante que l'on voit dans votre pièce –enfin on la voit au para­dis puisqu'elle s'est sui­ci­dée– Nicole Gibon, est un des per­son­nages les plus atta­chants !

Oui, c'est vrai, et les spec­ta­teurs l'aiment tel­le­ment qu'ils ont créé sur Facebook le Groupe pour res­sus­ci­ter Nicole Gibon ! Tout le monde a eu une maî­tresse comme elle, dévouée, qui aime vrai­ment les enfants, celle que l'on oublie pas. Mais il y a d'autres ensei­gnants aussi dans la pièce : la direc­trice d'école et la sta­giaire IUFM –un vrai poids pour Nicole Gibon, obli­gée de prendre en charge une par­tie des élèves qu'elle est inca­pable de gérer. Et la direc­trice incarne la rigi­dité de l'institution, obsé­dée par son pro­gramme –mal­gré le sui­cide de sa col­lègue– ce qui la rend inhu­maine.

Comment réagissent les ensei­gnants lorsqu'ils viennent voir votre spec­tacle ?

Au départ, comme je ne suis pas moi-même dans le milieu ensei­gnant, je pen­sais faire un spec­tacle qui par­le­rait aux parents, où l'on ver­rait la cari­ca­ture des parents. Et en fin de compte, le spec­tacle attire beau­coup les ensei­gnants. Et ce que j'apprécie, c'est qu'une fois le spec­tacle ter­miné, ils viennent me par­ler de leur expé­rience. Ce qui prouve qu'il les touche.

Jusqu'à quand se pour­suit votre tour­née en France et avez-vous d'autres pro­jets ?

Ma tour­née (accom­pa­gnée de la sor­tie du DVD du spec­tacle) sur Du plomb dans la tête se pour­suit jusqu'en 2011. Et je pré­pare en paral­lèle un nou­veau spec­tacle pour l'été pro­chain. Il por­tera sur les croyances et la laïcité.


 


 


                                            Propos recueillis par Sandra Ktourza 


 



*Cellule de crise à l'école mater­nelle du Petit Prince, la maî­tresse des moyens s'est refroidi la cer­velle. La direc­trice orga­nise le sou­tien psy­cho­lo­gique des parents d'élèves… Pour
en savoir plus


 **la direc­trice d'école qui pro­pose un ate­lier artis­tique sur les murs de l'école avec les taches de sang de la maî­tresse sui­ci­dée, la mère de Marie-Caméliane qui allaite encore sa fille de cinq ans, Farida la mère psy­cho­pathe etc


Sandra Ktourza

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