« Les élèves qui ont fait le concours de la Résistance deviennent parfois professeurs »

Dans son dernier ouvrage, Paul Burlet, ex-résistant, livre un éclairage personnel sur la montée du fascisme en Allemagne et l'accession au pouvoir d'Hitler. Interview.

ob_bb0b8c_20151126-110236Paul Burlet, ex-résistant, livre un éclairage personnel sur la montée du fascisme en Allemagne et l’accession au pouvoir d’Hitler dans un ouvrage intitulé « Traces d’histoire contemporaine ». Il est destiné avant tout aux professeurs d’histoire et aux élèves préparant le concours national de la Résistance et de la Déportation. Paul Burlet nous explique pourquoi.

Pourquoi le choix de ce format, de ces « traces d’histoires contemporaine » en tomes ? Et pourquoi le choix de la mise en ligne gratuite(1) ?

Je suis vice-président de l’Association Nationale des Médaillés de la Résistance française, dont les membres ont largement été les « proposants » du concours annuel de la Résistance et de la Déportation(2). Entre nous, il nous arrivait souvent d’évoquer la question : « Qu’est-ce qu’on va laisser derrière nous ? » Alors, j’ai choisi d’écrire ces « traces d’histoires », non pas en mon nom, parce que j’estime que mon passé de résistant n’est pas susceptible d’intéresser qui que ce soit, mais au nom de l’association, pour aider les élèves de 3ème qui vont travailler sur le concours. Les jeunes ont besoin de contexte, mais ils ont aussi une autre façon d’entrer dans les sujets que de mon temps. Ils disent, « quand on veut une explication, on va sur Internet et on comprend mieux. » C’est pourquoi il était important de mettre à leur disposition tous mes digests en ligne. Mais le nombre de classes qui se lancent chaque année dans le concours dépend avant tout du nombre de professeurs qui sont motivés par la question…

Vous visez donc prioritairement les professeurs d’histoire ?

Absolument. Je souhaiterais que tout professeur puisse trouver dans mes travaux au moins une amorce de réflexion sur un ensemble de sujets liés à la guerre – la germanisation de l’Alsace, par exemple. Et à partir de là, que le professeur puisse dire : « Essayez d’imaginer la situation à l’époque, par rapport à nous… » S’il n’y a pas le sujet qui provoque le débat, si le professeur ne se mobilise pas, comment voulez-vous que les élèves se mobilisent ? Un enfant qui fait le Concours, ça mobilise souvent toute la famille, parfois toute une école, c’est important, et s’il y en a quarante ou cinquante mille qui se lancent comme ça dans l’aventure !… Au fil des années, on a en plus remarqué que les élèves qui avaient fait le concours pouvaient trouver la question tellement intéressante qu’ils continuaient leurs études en histoire, allaient parfois jusqu’à un Capes ou un doctorat, devenaient professeurs à leur tour et perpétuaient le cycle… Ca change les regards, ça peut susciter des vocations. Et dans tous les cas, ça nous permet au moins de pérenniser la mémoire en direction des jeunes.

Quelle a été votre démarche de travail, et qu’est-ce qui vous distingue de la vaste littérature dédiée à la période nazie ?

La première chose qui vient sur la place publique en relation avec les évènements passés, ce sont des mémoires. Ces témoignages individuels de déportés survivants ou d’anciens résistants peuvent me toucher, mais pour moi ça ne fait pas l’histoire ! Je sais bien que chacun ne peut raconter que ce dont il s’est occupé, ce qu’il a vu. L’Histoire, ce sont les archives militaires nationales, qui ont commencé à s’ouvrir au cours des dernières années, et qui vont être mises à la disposition des chercheurs. Autrement dit, il commence à sortir des ouvrages de référence sur cette période. En combinant ces ouvrages ou ces thèses d’historiens plus jeunes que nous (qui ont le recul nécessaire à une analyse globale) et les témoignages individuels, on peut commencer à approcher de la vérité. Il est alors possible d’en faire des « digests ».

Vos « digests » sont donc plus que de simples résumés de livres…

J’ai lu des ouvrages de référence, en les réduisant d’abord à des centaines de fiches annotées. J’ai pu en tirer des fils conducteurs, indépendants du chapitrage de mes sources. Ces fils conducteurs sont devenus des axes pour mes digests, qui donnent de nombreux éclairages nouveaux sur la Deuxième Guerre Mondiale. Ils explorent l’histoire du nazisme depuis ses origines (le désastre de la guerre de 14-18, pour lequel j’ai pris l’exemple du Chemin des Dames) à sa conclusion (notamment, l’épuration de l’administration française jusqu’en 1949). Et les élèves de 3ème (qui ont donc 14, 15 ans) vont pouvoir tirer parti de chacun de mes digests, parce qu’ils auront accès en quelques lignes à un élément de contexte historique précis. Par exemple, l’ascension d’Hitler de la base de l’armée allemande jusqu’à son obtention du pouvoir absolu, une question que je traite dans ce deuxième tome publié. Au lieu de devoir lire pour cela l’ouvrage que j’ai utilisé, Hitler, de Ian Kershaw, qui est une référence certes mais dépasse les 2.600 pages ! En 35 digests, j’ai vraiment cherché à condenser l’information.

Il vous a fallu cinq ans de travail pour publier le tome 1 de votre oeuvre(3), et deux ans supplémentaires pour le tome 2. Pourquoi ce délai ?

Mon projet consistait à essayer de trouver des livres de référence pour chaque sujet et si je n’en trouvais pas, à ne pas traiter le sujet, même quand il me tenait à coeur. C’est ainsi que j’ai renoncé à parler des maquis, parce qu’il n’y a toujours personne qui ait publié une thèse où seraient rassemblés à la fois le rôle des maquis, leur importance, la façon dont ils se sont constitués, la façon dont ils ont agi, leur jonction avec l’Etat-major FFI…

Et le tome 2 marque probablement la fin de l’aventure. Par manque de temps, de moyens et de sources, il me devient difficile de poursuivre mon travail de recherche. J’aimerais bien sûr que le site et ses ressources perdurent, et j’espère qu’une ville médaillée de la Résistance, comme Lyon, veuille bien s’emparer de ça et nous succéder un jour dans la gestion du site.

Note(s) :
  • (1) Sommaire des digests de Paul Burlet : http://www.tracesdhistoire.fr/4.html
  • (2) Site du concours 2008-2009 : http://www.fondationresistance.org/pages/action_pedag/annee-2008-2009_theme10.htm
  • (3) Retour sur l'entretien autour du t.1 : http://vousnousils.fr/2007/10/29/medaille-de-la-resistance-il-ecrit-pour-les-eleves-236976

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