18.03.2009
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Georges Fotinos : la qualité de vie au travail des personnels des collèges et lycées n'avait jamais été mesurée

La MGEN vient de lan­cer, avec le concours de la CASDEN, la pre­mière enquête natio­nale en France sur la qua­lité de vie au tra­vail des per­son­nels des col­lèges et des lycées. Elle est conduite par Georges Fotinos, ancien ins­pec­teur géné­ral de l'EN et conseiller du pré­sident de la MGEN, et Mario Horenstein, méde­cin psy­chiatre à la MGEN. Georges Fotinos nous explique le contenu et les objec­tifs de cette enquête.

Vous venez de lan­cer une enquête sur la qua­lité de vie au tra­vail des per­son­nels dans les col­lèges et lycées. Pourriez-vous défi­nir ce qu'est la qua­lité de vie au tra­vail dans le contexte sco­laire ?

Ce sont tout d'abord des condi­tions maté­rielles, c'est aussi le dyna­misme de l'établissement et puis le rela­tion­nel, le cli­mat et la réus­site sco­laire. Enfin, l'équilibre vie pri­vée, vie pro­fes­sion­nelle. Sans oublier le sen­ti­ment de sécu­rité.

Votre enquête est-elle une pre­mière et com­ment l'avez-vous construite ?

Oui, c'est une pre­mière en France. Il y a déjà eu des enquêtes de ce type, aux Etats-Unis par exemple –mais cepen­dant pas à l'échelle natio­nale. Sinon, en France, il existe bien des enquêtes de la méde­cine du tra­vail, mais pas sur ce sujet. Nous nous sommes appuyés sur des tra­vaux anglo-saxons pour la conduire, sur mes tra­vaux anté­rieurs sur le cli­mat dans les établis­se­ments sco­laires, et sur ceux de Mario Horenstein, qui a réa­lisé un tra­vail très impor­tant sur la qua­lité de vie des ensei­gnants. Pour élabo­rer le ques­tion­naire de l'enquête, nous avons réuni un comité de spé­cia­listes1. Enfin, elle s'inscrit dans le contexte d'un accord-cadre passé entre la MGEN et le minis­tère de l'Education natio­nale, qui accorde désor­mais une place impor­tante à ce type d'études.

Votre enquête est natio­nale, vous l'avez donc adres­sée à tous les établis­se­ments sco­laires ?

Oui, à tous les établis­se­ments sco­laires du second degré. Tous les chefs d'établissement –prin­ci­paux de col­lège et pro­vi­seurs, ainsi que leurs adjoints– l'ont reçue par mail et ensuite tout se passe sur le net. Ils vont la dif­fu­ser, par le biais de l'intranet par exemple, à l'ensemble des per­son­nels de l'établissement. C'est là le carac­tère nova­teur : aucune enquête n'a jamais porté sur eux. Dans cette enquête, le chef d'établissement n'intervient pas, il doit juste don­ner des ren­sei­gne­ments admi­nis­tra­tifs (nombre d'élèves, âge des ensei­gnants etc). Ce sont les per­son­nels –ensei­gnants, CPE, etc– qui, ano­ny­me­ment, répondent, s'ils le sou­haitent. Pour que l'enquête soit valable, il faut au moins 10 par­ti­ci­pants par établis­se­ment.

Jusqu'à quand se déroule-t-elle et com­ment vont être uti­li­sées les don­nées recueillies ?

Elle se ter­mine le 20 avril. Dès le 21 avril, une fois les don­nées recueillies, un logi­ciel per­met­tra à chaque chef d'établissement d'avoir une vue d'ensemble des résul­tats, par le biais d'un tableau. Des domi­nantes appa­raî­tront sur ce qui ne va pas, par exemple sur le rela­tion­nel, sur le sen­ti­ment de sécu­rité. Et des com­men­taires appa­raî­tront auto­ma­ti­que­ment sur le tableau pour aider le chef d'établissement. Il peut aussi être assisté, pour réflé­chir sur les résul­tats de l'enquête, par des per­son­nels médico-sociaux de la MGEN et de l'EN, qui l'aideront à trou­ver des solu­tions. Il trans­met­tra ensuite ces résul­tats aux per­son­nels de son établis­se­ment. D'un autre côté, l'ensemble des don­nées recueillies au niveau natio­nal sera cen­tra­lisé sur le site de la MGEN, et nous aurons en charge de les étudier. Un livre paraî­tra à cette occa­sion, coédité par la MGEN et la CASDEN, avant la fin de l'année. Il sera adressé à tous les établis­se­ments du second degré, et à l'ensemble des rec­to­rats et des ins­pec­tions générales. Et à par­tir des résul­tats de l'enquête, nous ferons des pro­po­si­tions d'actions pour amé­lio­rer la QVT.

Comment se fait-il qu'une telle étude, indis­pen­sable pour mieux appré­hen­der les pro­blèmes au sein des établis­se­ments, n'ait pas été réa­li­sée avant ?

C'est incom­pré­hen­sible en effet. Mais cela ne fait pas par­tie de la culture éduca­tion natio­nale, où l'on est cen­tré sur le savoir et la connais­sance. Je crois que nous avons un peu changé les choses et que désor­mais cela com­mence à entrer dans les men­ta­li­tés. On com­prend par exemple mieux que la vio­lence dans un établis­se­ment ne peut pas être que rap­por­tée aux élèves. Plusieurs don­nées se croisent en effet, qui par­ti­cipent du cli­mat d'un établis­se­ment. C'est en tra­vaillant sur l'ensemble de ces don­nées que l'on peut trou­ver des solu­tions, pas sur une seule variable iso­lée.

En tant qu'expert de l'Education natio­nale, avez-vous déjà une idée de ce que pour­rait être le résul­tat de votre enquête sur la QVT ?

J'ai le sen­ti­ment que la QVT s'est vrai­ment dégra­dée. Une dégra­da­tion très forte, avec un sen­ti­ment d'abandon. Un exemple : on sent actuel­le­ment une nette dégra­da­tion de la QVT dans les lycées pro­fes­sion­nels. Pourquoi ? Parce qu'ils sont en pleine réforme du bac pro2. Ils doivent donc tout revoir dans la pré­ci­pi­ta­tion et le stress, et cela influe direc­te­ment sur la QVT.

Vous aviez évoqué lors de votre pré­cé­dente étude, la néces­sité de la mise en place d'un Observatoire social des per­son­nels de l'Education natio­nale (cf inter­view VousNousIls), qui serait une sorte de "baro­mètre du moral". Y êtes-vous tou­jours favo­rable ?

Il fau­drait en effet une struc­ture exté­rieure qui fasse exac­te­ment ce que nous fai­sons, qui mesure régu­liè­re­ment les condi­tions de tra­vail, le moral, la QVT des per­son­nels. Il fau­drait une mesure per­ma­nente et non épiso­dique de ces éléments.




(1) Le comité, co-dirigé par Georges Fotinos et Bernard Durix, res­pon­sable de la for­ma­tion des per­son­nels de direc­tion de l'ESEN est com­posé de : 3 pro­vi­seurs, 3 prin­ci­paux, un pro­vi­seur vie sco­laire, 5 méde­cins (un méde­cin de pré­ven­tion, un méde­cin conseiller de rec­teur, un méde­cin psy­chiatre (Mario Horenstein), deux méde­cins du tra­vail), une assis­tante sociale conseillère de recteur.


(2) Voir le En Pratique


Sandra Ktourza

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