03.03.2009

Les évolutions récentes du dossier de la réforme de la formation des enseignants

Quinze jours déci­sifs
Après sa ren­contre avec François Fillon mer­credi der­nier, la Conférence des Présidents d'Université a dif­fusé un com­mu­ni­qué dans lequel elle dit « qu'elle a constaté que des ouver­tures réelles exis­taient. ». Dans un article inti­tulé « Grandes manoeuvres pour offi­cia­li­ser le recul », mis en ligne le soir même sur son site Interro écrite, le jour­na­liste du Monde, Luc Cédelle, y voit l'annonce des reculs à venir sur le front de la réforme de la for­ma­tion des maîtres . Comme on aime­rait que Luc Cédelle ait rai­son ! Or, quand on ana­lyse cha­cun des trois points du com­mu­ni­qué de la CPU : « ins­tal­la­tion très rapide d'une com­mis­sion natio­nale de suivi, for­ma­tion com­plé­men­taire lors de l'année de stage, carac­tère expé­ri­men­tal des maquettes 2009 et pos­si­bi­lité ouverte de dépôt en 2010 », et en s'en tenant aux seuls éléments connus, il semble qu'on doive conclure beau­coup plus pru­dem­ment. A priori, il n'est pas ques­tion de dif­fé­rer la mise en place des nou­veaux concours en 2011. Il n'y a donc ici aucun signe qui per­mette de pen­ser que le gou­ver­ne­ment renonce à appli­quer la réforme dans les délais pré­vus ini­tia­le­ment, ce qui serait le recul le plus signi­fi­ca­tif.
La « com­mis­sion natio­nale de suivi » : authen­tique conces­sion ou pla­cebo ?
Sur le pre­mier point, le prin­cipe d'une com­mis­sion de suivi fait par­tie de la réforme depuis le début. Il avait déjà été affirmé dans un com­mu­ni­qué com­mun des deux minis­tères le 15 jan­vier. Je cite : « La com­mis­sion natio­nale d'évaluation de la for­ma­tion des maîtres assu­rera le suivi de la mise en oeuvre de cette réforme. » Il est donc dif­fi­cile d'y voir une conces­sion de fond.
« Alternance » ou « for­ma­tion com­plé­men­taire » ?
Sur le deuxième point, il faut attendre des pré­ci­sions. Car tout dépend de l'ampleur du « com­plé­ment de for­ma­tion ». Entre un demi ser­vice sur l'année et 3 heures par semaine le mer­credi après-midi, il y a une dif­fé­rence. La CPU récla­mait « une pre­mière année de fonc­tion­naire sta­giaire pour les reçus au concours, repo­sant sur le prin­cipe de l'alternance ». On pour­rait vrai­ment par­ler d'alternance dans le pre­mier cas, pas dans le second. On voit bien aussi les enjeux bud­gé­taires : le demi ser­vice coû­te­rait 8 000 postes envi­ron, les 3 h du mer­credi après-midi, quelques heures de for­ma­teurs… On espère que la CPU n'a pas donné son aval à la seconde solu­tion.
Le carac­tère expé­ri­men­tal des maquettes 2009 et le dépôt ouvert jusqu'en 2010…
C'est ce qui fonde, pour l'essentiel, l'interprétation de Luc Cédelle : le tran­si­toire et l'expérimental, ce n'est plus l'intangible. Mais, pour l'heure, une autre inter­pré­ta­tion ne peut mal­heu­reu­se­ment pas être écar­tée : a priori, le gou­ver­ne­ment sou­haite la mise en oeuvre des nou­veaux concours dès 2010 [...].

Les quinze pro­chains jours seront déci­sifs. La ren­contre de la CPU avec Xavier Darcos est très atten­due. S'il annonce le report en 2011 des nou­veaux concours, cela mar­que­rait vrai­ment le recul espéré. Cette ren­contre aura lieu avant le jeudi 5 mars. Ce jour-là, la CPU se réunira en séance plé­nière pour tirer les conclu­sions de ses dis­cus­sions avec le gou­ver­ne­ment. De son côté, le gou­ver­ne­ment ne peut guère attendre au-delà du 15 mars pour faire connaître les pro­jets de décrets ins­ti­tuant les nou­veaux concours. En effet, il ne peut pas lais­ser moins de deux semaines aux uni­ver­si­tés pour ajus­ter leurs pro­jets de mas­ters et les dépo­ser sur le bureau de Mme Pécresse avant le 31 mars, délai ultime. Mais il ne pas­sera à la phase régle­men­taire que s'il sent une mobi­li­sa­tion des­cen­dante et s'il est à peu près cer­tain de ne pas avoir à abro­ger les décrets un mois après les avoir pro­mul­gués. La han­tise du gou­ver­ne­ment, en effet, c'est le scé­na­rio noir d'une jonc­tion entre la mobi­li­sa­tion des per­son­nels des uni­ver­si­tés et des IUFM, les inquié­tudes des étudiants, l'exaspération des ensei­gnants du pre­mier degré et la colère qui monte chez les sala­riés. Jusqu'au 19 mars, il sera donc très atten­tif au nombre de per­sonnes dans les AG, au nombre de gré­vistes et de manifestants.


André Ouzoulias