25.02.2009
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Dennis Gansel : 'Si vous faites l'imbécile avec le fascisme, voilà comment vous finirez'

A l'occasion de la sor­tie de son film La Vague1, Dennis Gansel, jeune réa­li­sa­teur alle­mand, nous accorde une inter­view. Il nous explique pour­quoi il a adapté au cinéma –et trans­posé avec force dans l'Allemagne actuelle– l'histoire réelle de Ron Jones (objet du roman de Todd Strasser2), pro­fes­seur d'histoire amé­ri­cain qui a fait com­prendre à ses élèves de façon ter­rible, ce qu'est le nazisme.

Qu'avez-vous res­senti lorsque vous avez décou­vert l'histoire de la Vague pour la pre­mière fois ?

J'ai lu cette his­toire pour la pre­mière fois quand j'avais douze ans. Je me suis immé­dia­te­ment demandé : qu'est-ce que j'aurais fait à leur place ? Aurais-je suivi le mou­ve­ment ou aurais-je fait de la résis­tance ? Après avoir lu le roman, je n'étais plus sûr de rien.

Est-ce que vous avez tout de suite eu envie d'en faire un film ?

Non. Mais dans mon pré­cé­dent film Napola, j'explorais déjà les méthodes du fas­cisme, son pou­voir de séduc­tion. Son aspect psy­cho­lo­gique. La Vague répond à toutes ces ques­tions que se posent les gens de ma géné­ra­tion (Dennis Gansel a 35 ans ndlr). Et plus géné­ra­le­ment, les gens de notre époque.

Votre film n'est pas tout à fait iden­tique au livre de Todd Strasser ni à l'histoire ori­gi­nale du pro­fes­seur d'histoire-géographie Ron Jones. L'histoire ori­gi­nale se passe aux USA, à la fin des années 60, or votre film se passe aujourd'hui en Allemagne. Et la fin de votre film est très dif­fé­rente de celle de l'histoire réelle. Pourquoi de tels choix ?

Parce que pour moi il était extrê­me­ment inté­res­sant de savoir si quelque chose comme La Vague pou­vait encore se pro­duire aujourd'hui, dans mon pays, dans une démo­cra­tie stable. Ron Jones, le pro­fes­seur amé­ri­cain réel qui a vécu cette expé­rience, a dit un jour : La Vague n'a rien à voir avec la poli­tique. C'est de la psy­cho­lo­gie. Aussi, cela peut à nou­veau se pro­duire. N'importe où. N'importe quand. Je me suis dit : C'est pro­vo­ca­teur ! J'ai alors com­mencé à réflé­chir à l'écriture du scé­na­rio. Nous avons changé la fin, parce que j'ai senti que spé­ci­fi­que­ment avec notre his­toire en Allemagne, il fal­lait que le mes­sage soit très clair. Si vous faites l'imbécile avec le fas­cisme, voilà com­ment vous fini­rez.

Cependant, avez-vous tra­vaillé avec eux deux pour écrire le scé­na­rio de votre film ? Et ont-ils vu le film ? Dans ce cas, quelles sont leurs opi­nions res­pec­tives ?

Les deux ont vu le film et l'aiment. Ron était un consul­tant proche durant le pro­ces­sus d'écriture du scé­na­rio. Plus tard, il est venu pour par­ta­ger ses his­toires avec l'équipe et les acteurs. Nous avons aussi dis­cuté avec trois de ses élèves. Entre le roman et ce qui s'est réel­le­ment passé, il y a des dif­fé­rences. En plu­sieurs points, le film est plus conforme à l'histoire ori­gi­nale de Ron.

Le pro­fes­seur Rainer est un per­son­nage très ambigu : il semble être hor­ri­fié mais en même temps fas­ciné par la situa­tion. Avez-vous déli­bé­ré­ment sou­li­gné cette ambi­guïté, voire cette culpa­bi­lité ?

Oui. Parce que ça s'est passé comme ça. C'était ce que res­sen­tait Ron à ce moment-là, et cer­tains dia­logues avec sa femme dans le film sont des dia­logues ori­gi­naux. Je pense que quand vous avez sou­dain beau­coup de pou­voir, ce sont des sen­ti­ments aux­quels vous êtes confronté. Le pou­voir cor­rompt. Et il faut être fort pour ne pas se lais­ser séduire par lui.

Comment a réagi le public en Allemagne en voyant votre film ? Et les ensei­gnants ? Et les élèves ?

Oh, et c'est une belle sur­prise, le film a été un suc­cès en Allemagne. Tout le monde en a parlé et le film a per­mis de démar­rer un tout nou­veau type de dis­cus­sion pour savoir si une chose comme le fas­cisme pou­vait à nou­veau arri­ver. Beaucoup d'élèves du lycée nous ont écrit et nous ont dit qu'ils se sen­taient très proches des per­son­nages.

Votre film est-il pour les jeunes aujourd'hui une des meilleures leçons pos­sibles contre le fas­cisme ?

J'espère que oui. C'est au public de juger. Mais le film chan­gera vrai­ment votre façon de pen­ser sur le fas­cisme –et sur vous-même. C'est certain.



   Propos recueillis et tra­duits de l'anglais par Sandra Ktourza


(1) Synopsis : Durant une semaine d'atelier, un pro­fes­seur de col­lège pro­pose à ses élèves une expé­rience : vivre, ana­ly­ser et com­prendre le fonc­tion­ne­ment d'un régime tota­li­taire. Commence alors un jeu de rôles, qui aura des consé­quences tra­giques. L'exploration de notions inof­fen­sives, comme la dis­ci­pline et l'esprit com­mu­nau­taire, se trans­forme rapi­de­ment en un mou­ve­ment inquié­tant…
(2) Pour lire
l'entretien avec Todd Strasser


Sandra Ktourza

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