Dennis Gansel : ‘Si vous faites l’imbécile avec le fascisme, voilà comment vous finirez’

A l’occasion de la sortie de son film La Vague1, Dennis Gansel, jeune réalisateur allemand, nous accorde une interview. Il nous explique pourquoi il a adapté au cinéma -et transposé avec force dans l’Allemagne actuelle- l’histoire réelle de Ron Jones (objet du roman de Todd Strasser2), professeur d’histoire américain qui a fait comprendre à ses élèves de façon terrible, ce qu’est le nazisme.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez découvert l’histoire de la Vague pour la première fois ?

J’ai lu cette histoire pour la première fois quand j’avais douze ans. Je me suis immédiatement demandé : qu’est-ce que j’aurais fait à leur place ? Aurais-je suivi le mouvement ou aurais-je fait de la résistance ? Après avoir lu le roman, je n’étais plus sûr de rien.

Est-ce que vous avez tout de suite eu envie d’en faire un film ?

Non. Mais dans mon précédent film Napola, j’explorais déjà les méthodes du fascisme, son pouvoir de séduction. Son aspect psychologique. La Vague répond à toutes ces questions que se posent les gens de ma génération (Dennis Gansel a 35 ans ndlr). Et plus généralement, les gens de notre époque.

Votre film n’est pas tout à fait identique au livre de Todd Strasser ni à l’histoire originale du professeur d’histoire-géographie Ron Jones. L’histoire originale se passe aux USA, à la fin des années 60, or votre film se passe aujourd’hui en Allemagne. Et la fin de votre film est très différente de celle de l’histoire réelle. Pourquoi de tels choix ?

Parce que pour moi il était extrêmement intéressant de savoir si quelque chose comme La Vague pouvait encore se produire aujourd’hui, dans mon pays, dans une démocratie stable. Ron Jones, le professeur américain réel qui a vécu cette expérience, a dit un jour : La Vague n’a rien à voir avec la politique. C’est de la psychologie. Aussi, cela peut à nouveau se produire. N’importe où. N’importe quand. Je me suis dit : C’est provocateur ! J’ai alors commencé à réfléchir à l’écriture du scénario. Nous avons changé la fin, parce que j’ai senti que spécifiquement avec notre histoire en Allemagne, il fallait que le message soit très clair. Si vous faites l’imbécile avec le fascisme, voilà comment vous finirez.

Cependant, avez-vous travaillé avec eux deux pour écrire le scénario de votre film ? Et ont-ils vu le film ? Dans ce cas, quelles sont leurs opinions respectives ?

Les deux ont vu le film et l’aiment. Ron était un consultant proche durant le processus d’écriture du scénario. Plus tard, il est venu pour partager ses histoires avec l’équipe et les acteurs. Nous avons aussi discuté avec trois de ses élèves. Entre le roman et ce qui s’est réellement passé, il y a des différences. En plusieurs points, le film est plus conforme à l’histoire originale de Ron.

Le professeur Rainer est un personnage très ambigu : il semble être horrifié mais en même temps fasciné par la situation. Avez-vous délibérément souligné cette ambiguïté, voire cette culpabilité ?

Oui. Parce que ça s’est passé comme ça. C’était ce que ressentait Ron à ce moment-là, et certains dialogues avec sa femme dans le film sont des dialogues originaux. Je pense que quand vous avez soudain beaucoup de pouvoir, ce sont des sentiments auxquels vous êtes confronté. Le pouvoir corrompt. Et il faut être fort pour ne pas se laisser séduire par lui.

Comment a réagi le public en Allemagne en voyant votre film ? Et les enseignants ? Et les élèves ?

Oh, et c’est une belle surprise, le film a été un succès en Allemagne. Tout le monde en a parlé et le film a permis de démarrer un tout nouveau type de discussion pour savoir si une chose comme le fascisme pouvait à nouveau arriver. Beaucoup d’élèves du lycée nous ont écrit et nous ont dit qu’ils se sentaient très proches des personnages.

Votre film est-il pour les jeunes aujourd’hui une des meilleures leçons possibles contre le fascisme ?

J’espère que oui. C’est au public de juger. Mais le film changera vraiment votre façon de penser sur le fascisme –et sur vous-même. C’est certain.

   Propos recueillis et traduits de l’anglais par Sandra Ktourza

(1) Synopsis : Durant une semaine d’atelier, un professeur de collège propose à ses élèves une expérience : vivre, analyser et comprendre le fonctionnement d’un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôles, qui aura des conséquences tragiques. L’exploration de notions inoffensives, comme la discipline et l’esprit communautaire, se transforme rapidement en un mouvement inquiétant…
(2) Pour lire
l’entretien avec Todd Strasser

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