24.11.2008
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Samuel Collardey : dans L'Apprenti, Mathieu veut devenir paysan par passion

A l'occasion de la sor­tie cette semaine sur les écrans de L'Apprenti*, primé cette année à la Mostra de Venise**, Samuel Collardey, réa­li­sa­teur, répond à nos ques­tions. Il nous explique pour­quoi il a choisi de fil­mer, durant une année sco­laire, Mathieu, élève de l'enseignement agri­cole, en appren­tis­sage chez Paul.

Le sujet de votre film avait-il déjà été abordé au cinéma ?

Non, il y a un film qui pour­rait un peu s'en rap­pro­cher, c'est L'enfant et le vieil homme avec Michel Simon. C'est, pen­dant l'Occupation, l'histoire d'un enfant juif caché dans une ferme, chez un pay­san pétai­niste, qui ignore que l'enfant est juif. Dans ce film, il y a une rela­tion père-fils, à la cam­pagne, dans le monde rural. Il y a peut-être aussi un docu­men­taire, 17 ans de Didier Nion, qui parle d'un apprenti en méca­nique, qui a perdu son père. Ce film res­semble un peu à L'Apprenti. Mais je ne connais pas de films ayant traité ce sujet.

Vous vous êtes ins­piré de votre envi­ron­ne­ment proche pour trou­ver l'idée de ce film ?

J'ai déjà réa­lisé un docu­men­taire qui s'appelle Du soleil en hiver, qui fait le por­trait de mon cou­sin qui est pay­san, et qui a un jeune apprenti. Je vou­lais aller plus loin dans mon film, mon­trer com­ment on devient un homme à la cam­pagne, com­ment se tisse la rela­tion père-fils, et j'ai trouvé que la situa­tion de l'apprentissage était idéale pour mon­trer ces choses-là. Et moi-même, je suis issu d'un milieu ouvrier, mon père a dis­paru quand j'avais treize ans, mes parents sont enfants de pay­sans. Le film n'est pas auto­bio­gra­phique, mais il y a des éléments per­son­nels.

Votre film oscille entre docu­men­taire et fic­tion : il raconte une his­toire avec des per­son­nages forts, et en même temps, il y a des éléments très pré­cis quand à la sco­la­rité de Mathieu, on le voit en inter­nat, convo­qué chez le pro­vi­seur, ou encore évalué par Paul. Est-ce une volonté de votre part ?

Capter tous les impré­vus du réel comme le docu­men­taire, mais avec une pho­to­gé­nie propre à la fic­tion, tel est mon objec­tif. Cela vient de mon tra­vail de met­teur en scène : je tra­vaille avec des acteurs non pro­fes­sion­nels, dans des décors réels et dans des situa­tions qui existent déjà. Et avec des gens qui inter­prètent leur propre rôle. C'est ainsi que j'arrive à sai­sir les choses les plus justes.

Dans votre film, Mathieu est donc réel­le­ment en appren­tis­sage avec Paul ?

Oui, pour faire mon film, dans la conti­nuité de mon pre­mier docu­men­taire, j'ai cher­ché un apprenti en milieu agri­cole, avec une vie fami­liale décou­sue. Je suis tombé sur Mathieu. J'ai ensuite fait la tour­née des exploi­ta­tions (dans le Haut-Doubs ndlr) et je suis tombé sur Paul, qui m'a tout de suite plu par ses qua­li­tés humaines. Je me suis dit, là j'ai mes deux per­son­nages ! Et la fic­tion, c'était de les faire se ren­con­trer. J'ai pro­posé à Paul de prendre Mathieu en appren­tis­sage chez lui, et à Mathieu d'aller en stage chez Paul. J'ai ensuite construit un scé­na­rio, en par­tant de ce que Paul m'avait raconté de ses propres expé­riences de maître de stage, en écou­tant aussi les témoi­gnages des appren­tis qu'il avait eus et que j'ai retrou­vés, et en pas­sant du temps avec Mathieu et sa mère. J'ai construit le scé­na­rio avec tous ces éléments, puis je l'ai rangé. Et la pre­mière fois que Paul et Mathieu se ren­contrent en vrai, c'est dans le film.

Et vous avez ensuite suivi Mathieu durant tout son stage ?

Oui, son appren­tis­sage chez Paul devait durer en tout dix semaines, à rai­son d'une semaine par mois. A chaque fois qu'il devait faire une semaine, nous venions tour­ner. Et pour que la rela­tion puisse se tis­ser entre Paul et Mathieu, il fal­lait vrai­ment du temps. Sinon, cela aurait été du jeu de comé­diens, et on aurait fait le film en deux mois. C'était de toute façon impos­sible avec des acteurs non pro­fes­sion­nels.

Vous dites que vous avez rangé votre scé­na­rio. Avez-vous fina­le­ment construit le film au fur et à mesure ?

Oui, après chaque séance de tour­nage, je mon­trais à Paul et à Mathieu ce que j'avais filmé, puis on en dis­cu­tait, et après, avec mes propres inten­tions et ce qu'eux étaient en train de vivre, je construi­sais le récit que j'avais en tête. Il y a donc eu deux écri­tures de scé­na­rios : la pre­mière et la défi­ni­tive, liée aux situa­tions de tour­nage. Mais tout est réel dans le film : Mathieu est en appren­tis­sage chez Paul, ses parents dans le film sont ses vrais parents…Toutes les situa­tions sont réelles.

Et aujourd'hui, que sont-ils deve­nus ?

Mathieu pour­suit ses études dans l'univers agri­cole, et Paul est tou­jours maître d'apprentissage. Il a vu le film, il est très content. Pour Mathieu, le film est plu­tôt une suite d'anecdotes. Mais il revoit son père depuis le film…

La mère de Mathieu lui dit qu'elle pré­fè­re­rait le voir dans l'enseignement géné­ral, se fai­sant indi­rec­te­ment la porte-parole d'une opi­nion lar­ge­ment répan­due. Or vous don­nez dans votre film une image posi­tive de l'enseignement agri­cole, qui contre­carre les idées reçues…

Martine, la mère de Mathieu, est fille de pay­sans, elle tra­vaille à l'usine, donc elle rêve de mieux pour son fils. Elle vou­drait qu'il devienne cadre. Mais son fils veut deve­nir pay­san, elle ne com­prend pas qu'il veuille deve­nir pay­san par pas­sion. Il me semble qu'il faut avant tout deman­der aux gamins ce qu'ils aiment, et Mathieu s'ennuierait ailleurs. Lorsque j'ai mon­tré mon film dans des lycées en ville, les élèves m'ont dit : nous, on pen­sait pas que c'était un métier, pay­san !! Mon film montre aussi que cela peut être une pas­sion. *



*Synopsis : Mathieu, 15 ans, élève dans un lycée agri­cole, est apprenti en alter­nance dans la ferme de Paul, une petite exploi­ta­tion lai­tière des pla­teaux du haut Doubs. Outre l'apprentissage des méthodes de tra­vail de Paul, Mathieu doit s'intégrer à la vie de la famille, prendre ses marques, trou­ver sa place.

**Prix de la semaine inter­na­tio­nale de la critique


Pour travailler en classe

L'Agence Cinéma Education pro­pose un mini-site péda­go­gique sur le film, pour les ensei­gnants de l'enseignement géné­ral et agricole.

Sandra Ktourza

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