17.10.2008
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Sébastien Clerc : “M'sieur, on vous a fait la misère !”

Après avoir connu les galères d'un prof débu­tant en ban­lieue dif­fi­cile, Sébastien Clerc est passé, en une ren­trée, de l'anonymat aux feux de la rampe. Pour avoir écrit un livre, il don­nera, dans quelques semaines dans l'académie de Créteil, des cours de "tenue de classe" à des col­lègues à peine plus jeunes que lui. Sans pour autant avoir attrapé la grosse tête !

« Quand je suis arrivé pour la pre­mière fois devant ma classe, en 2000, j'ai eu l'impression de réa­li­ser un rêve de gosse. Depuis la 5ème, je vou­lais deve­nir ensei­gnant. » Ce Lorrain d'origine, fils d'un employé de la sidé­rur­gie et d'une infir­mière, débarque alors en ban­lieue pari­sienne. Après des études de lettres et une licence d'histoire, il vient de réus­sir le CAPLP, le concours qui lui per­met d'enseigner le fran­çais et l'histoire, ses deux matières pré­fé­rées, en lycée pro­fes­sion­nel. Le rêve va pour­tant rapi­de­ment se trans­for­mer en cau­che­mar : « Ma voca­tion se nour­ris­sait d'idées pré­con­çues, sur fond d'échanges avec les élèves et de curio­sité intel­lec­tuelle réci­proque. À l'arrivée, j'ai connu les cra­chats, les bous­cu­lades, les bap­têmes au stylo à encre, les concerts de son­ne­ries de por­tables dans la salle de classe... »

Une ren­contre clé

Malgré ces dif­fi­cul­tés, Sébastien Clerc ne doute jamais de sa voca­tion et s'efforce, petit à petit, de réflé­chir aux causes d'un échec à la fois per­son­nel et col­lec­tif. « J'avais le sen­ti­ment d'être utile et l'espoir de m'améliorer, les échanges avec cer­tains jeunes m'encourageaient, j'aimais ce que je fai­sais. Tout cela m'aidait à tenir. » En 2003, une ren­contre sur les quais du RER le conforte dans sa déci­sion d'agir : « Nima, une élève non fran­co­phone d'origine, m'a expli­qué qu'elle ne pou­vait pas suivre les cours à cause des désordres dans sa classe. Ça a été le déclic. Je me suis dit qu'il était anor­mal qu'une gamine qui vient au lycée pleine de moti­va­tion soit obli­gée de tendre l'oreille et de se concen­trer davan­tage pour réus­sir à tra­vailler dans le bruit. » Le jeune ensei­gnant inter­roge alors des col­lègues plus expé­ri­men­tés, leur demande com­ment ils font face à telle ou telle situa­tion déli­cate, teste de nou­velles tech­niques de com­mu­ni­ca­tion ou de posi­tion­ne­ment dans la classe. De ses notes et des ses expé­riences, il décide fina­le­ment de faire un livre.

Un coup de fil inat­tendu

Par cor­rec­tion, Sébastien Clerc envoie un exem­plaire du livre à la pro­vi­seure de son lycée et au rec­to­rat. Trois jours avant sa sor­tie en librai­rie, il reçoit un appel du rec­teur deman­dant à le ren­con­trer. « Je m'attendais à me prendre un savon et à me faire rap­pe­ler le devoir de réserve auquel je suis tenu comme tout fonc­tion­naire. » Et voilà que son inter­lo­cu­teur lui confie avoir appré­cié le côté construc­tif de l'ouvrage, avant de le sol­li­ci­ter au sujet de l'une de ses propres idées : des cours de "tenue de classe" pour les ensei­gnants débu­tants. « C'est génial, parce que cela montre la force d'un livre, qui va per­mettre à une idée de se réa­li­ser. »

Un accueil posi­tif

Quand il jette un regard sur les trois mois qui viennent de s'écouler, Sébastien Clerc se dit que tout s'est pré­ci­pité. Ses élèves l'ont vu à la télé­vi­sion, entendu à la radio... « C'est pas­sion­nant, émou­vant, bous­cu­lant ! Les élèves sont en géné­ral d'accord avec ce que j'ai écrit et nous avons eu des échanges inté­res­sants. Certains se sont mis à la lec­ture grâce à ce livre, d'autres m'ont dit ''y'en a qui vous ont fait la misère, m'sieur'' ! » Chez les col­lègues, l'accueil est égale­ment plu­tôt favo­rable. « Je m'attendais à plus de grin­ce­ments de dents. Beaucoup m'ont dit que j''exprimais ce qu'ils avaient sur le coeur depuis long­temps. Quelques-uns, le plus sou­vent syn­di­qués, m'ont dit ne pas être d'accord avec moi. Ils me reprochent d'entrer en concur­rence avec leurs reven­di­ca­tions pour des moyens sup­plé­men­taires. Personnellement, je regrette la poli­tique de sup­pres­sions de postes. Plus nous aurons de moyens, mieux ce sera. Mais en atten­dant, il faut bien faire avec ceux dont nous dis­po­sons ! »

Patrick Lallemant


Sébastien Clerc en cinq dates

1999 : Réussit le concours de pro­fes­seur en lycée pro­fes­sion­nel
2000 : titu­la­risé au lycée Jean Moulin, au Blanc-Mesnil.
2003 : com­mence la rédac­tion de  "Au secours, sau­vons notre école"
Mai 2008 : le manus­crit est accepté par les éditions Oh Editions
Août 2008 : sor­tie du livre en librai­rie. Est contacté par l'académie de Créteil pour ani­mer des ate­liers de for­ma­tion à l'intention des pro­fes­seurs débutants.

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