26.09.2008
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Mariana Otero : « Rien n'a changé »

Au début des années 90, Mariana Otero a filmé, pen­dant toute une année sco­laire, la vie du col­lège Garcia Lorca, au coeur d'une cité de Seine Saint-Denis. Son "feuille­ton docu­men­taire", La loi du col­lège, vient de sor­tir en DVD*. Pour elle, quinze ans après, la situa­tion n'a pas fon­da­men­ta­le­ment évolué.

Quinze ans après, quel regard portez-vous sur ce que mon­trait votre film ?

Je suis retour­née occa­sion­nel­le­ment au col­lège Garcia Lorca, mais je n'y ai plus passé autant de temps que lors du tour­nage. J'ai tout de même l'impression que peu de choses ont changé. Certaines expé­riences qui y étaient menées à l'époque, comme l'aide au tra­vail per­son­na­li­sée, ont été géné­ra­li­sées à l'ensemble du sys­tème. Mais aucune restruc­tu­ra­tion de fond n'est inter­ve­nue. Le nombre d'élèves par classe, par exemple, n'a pas dimi­nué. Et les dif­fi­cul­tés sou­le­vées par les pro­fes­seurs dans le film demeurent. Peut-être avons-nous tout de même un peu plus conscience de ces pro­blèmes aujourd'hui.

N'y a-t-il pas dans ce constat un côté un peu décou­ra­geant ?

Non, puisque rien n'a été fait ! Ce serait démo­ra­li­sant si des mesures avaient été prises, si des réformes impor­tantes avaient été menées, avec des classes de quinze élèves ou des dédou­ble­ments de classes quand appa­raissent les dif­fi­cul­tés, et si rien n'avait fonc­tionné. Mais, dès lors que rien n'est mis en place pour que cela change, à part des petites « mesu­rettes » par-ci, par-là, le statu quo est sim­ple­ment logique. En dépit des efforts des ensei­gnants qui, eux, sont énormes. En revanche, il est effec­ti­ve­ment déses­pé­rant que les auto­ri­tés n'aient rien tenté. L'école est, soi-disant, le fon­de­ment de toute société. Mais se conten­ter de l'affirmer ne sert à rien. Encore faut-il avoir la volonté poli­tique de lui en don­ner les moyens.

Vous avez retrouvé deux anciens élèves du col­lège, que vous aviez fil­més à l'époque. Que sont-ils deve­nus ?

Ils ont aujourd'hui une tren­taine d'années et j'ai été très contente de voir qu'ils s'en étaient fina­le­ment bien sor­tis. Le pre­mier fai­sait preuve d'une volonté hors du com­mun, et cela a payé. Il a obtenu deux bac­ca­lau­réats, avant de tra­vailler dans l'électronique. Il est heu­reux dans la vie et vient de par­tir reprendre des études en Ecosse. La seconde, qui n'était pas très moti­vée pen­dant son année de troi­sième, a égale­ment trouvé du tra­vail, dans l'évènementiel. Elle reste fidèle à ce qu'elle était à quinze ans, pleine de joie de vivre et de débrouillar­dise. Mais les deux élèves en ques­tion n'étaient pas ceux qui sus­ci­taient le plus d'inquiétude ! Je ne sais pas, en revanche, ce que sont deve­nus les élèves qui étaient le plus en dif­fi­culté.

On en arrive tou­jours à la même conclu­sion : le sys­tème fonc­tionne pour les enfants qui n'ont pas trop de pro­blèmes, mais il est impuis­sant à aider les autres.

Peut-être pas tota­le­ment impuis­sant quand même. Il suf­fit par­fois d'une ren­contre. Il n'en reste pas moins que si le col­lège avait davan­tage de moyens, et si l'on per­met­tait des expé­riences sur un nombre d'enfants moins impor­tant, on pour­rait arri­ver à de bien meilleurs résul­tats. Il serait donc grand temps de revoir com­plè­te­ment le sys­tème. La pré­ten­due égalité, en ayant le même nombre d'élèves par classe dans un col­lège du centre de Paris ou dans un établis­se­ment de ban­lieue dif­fi­cile, ça ne peut pas mar­cher.

Aimeriez-vous renou­ve­ler l'expérience dans quinze ans ?

Si les choses ont changé, pour­quoi pas ? Mais si nous en sommes tou­jours au même point, je n'en vois pas l'intérêt. 

                              Propos recueillis par Patrick Lallemant

*« La loi du col­lège », Blaq Out collection


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