18.07.2008
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Enfants intellectuellement précoces : les reconnaître, les comprendre, les accompagner

Doués, sur­doués, à haut poten­tiel… les enfants intel­lec­tuel­le­ment pré­coces (EIP) ne sont pas ceux que l'on croit. En France, 30% d'entre eux1 sont en échec sco­laire et mani­festent des dif­fi­cul­tés d'apprentissage qui déroutent un corps ensei­gnant peu informé bien qu'officiellement alerté sur l'importance de leur détec­tion et de leur prise en charge2.

« La pré­co­cité intel­lec­tuelle n'est pas une pro­messe de réus­site. Mais une somme de dif­fé­rences neu­ro­mo­trices, neu­ro­psy­cho­lo­giques, neu­ro­phy­sio­lo­giques, cog­ni­tives et psy­choaf­fec­tives qui confère à un enfant des capa­ci­tés hors– normes tout en le plon­geant dans un grand sen­ti­ment d'incompréhension, dans une pro­fonde souf­france », explique Françoise Astolfi3. Décalés dans leur déve­lop­pe­ment ; com­plexes dans leurs rela­tions aux autres … Pour s'en sor­tir en milieu sco­laire, les EIP ont un besoin vital de recon­nais­sance et de bien­veillance.

Les indices de la pré­co­cité

Généralement, ils ne pro­voquent pas l'empathie. Curieux, intui­tifs, usant d'un voca­bu­laire riche, d'une gram­maire juste, d'une capa­cité phé­no­mé­nale à rete­nir les infor­ma­tions, s'ils sont inté­res­sés, et d'un sens de l'humour aiguisé, les EIP sont loin des stan­dards de l'élève modèle. « Incapables d'activer leur cer­veau4 face à un tra­vail insuf­fi­sam­ment inté­res­sant ou com­plexe, ces enfants réus­sissent d'autant moins que la tâche est facile », sou­ligne Françoise Astolfi. Conséquences : des résul­tats sco­laires en dent de scie, des dif­fi­cul­tés dans la res­ti­tu­tion des connais­sances, dans l'écriture et dans l'interprétation des consignes. En contre­point : un accès pré­coce à la lec­ture, au cal­cul5, une grande rapi­dité de mémo­ri­sa­tion et une concen­tra­tion excep­tion­nelle. Selon un docu­ment du GARSEP6, il existe bien des cli­gno­tants qui doivent « inter­pel­ler la com­mu­nauté éduca­tive ». Parmi ceux-là : un sens aigu de l'injustice, un rai­son­ne­ment logique, un esprit cri­tique, la contes­ta­tion des règles et une argu­men­ta­tion inces­sante. « L'EIP a sou­vent une atti­tude soli­taire, recher­chant davan­tage le dia­logue avec l'adulte que le contact avec les élèves de son âge ».

Les enjeux de la détec­tion

Passifs, rêveurs, étour­dis, agi­tés : les étiquettes tombent vite et exa­cerbent le manque de confiance en soi chez ces enfants aux très grandes capa­ci­tés7. Pour ne pas les lais­ser glis­ser dans la spi­rale de l'échec « les pro­fes­sion­nels de l'éducation et de la santé doivent poser l'hypothèse d'une pré­co­cité intel­lec­tuelle », insiste la psy­cho­logue fai­sant écho à la cir­cu­laire minis­té­rielle deman­dant « l'amélioration de la détec­tion8 de la pré­co­cité intel­lec­tuelle dès qu'un enfant est signalé comme éprou­vant des dif­fi­cul­tés afin de pro­po­ser des réponses et un suivi ».

Un accom­pa­gne­ment adapté

Le stade de l'identification fran­chi, il est essen­tiel qu'un tra­vail impli­quant soit ini­tié pour per­mettre à l'EIP de suivre une sco­la­rité cohé­rente. Conscient de la dif­fi­culté, le minis­tère incite les corps d'inspection des pre­mier et second degrés à « défi­nir les stra­té­gies de mise en oeuvre des mesures » et à s'appuyer « sur les IUFM et leurs for­ma­teurs, ainsi que sur les res­sources des asso­cia­tions9 ». Et Françoise Astolfi de for­mu­ler un voeu : « Il fau­drait arri­ver à ne plus par­ler de pré­co­cité, mais du res­pect du déve­lop­pe­ment natu­rel des enfants. Un saut de classe n'est jamais qu'un moyen pour un élève de s'adapter à un sys­tème qui n'a pas su s'adapter à lui ».


 


Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Actuellement, 5% des élèves fran­çais sont concer­nés par la pré­co­cité intel­lec­tuelle, soit envi­ron 750.000 enfants et ado­les­cents iden­ti­fiés comme tels
(2) Circulaire n°2007–158 du 17 octobre 2007 
(3) Docteur en psy­cho­lo­gie, psy­cho­pé­da­gogue, ensei­gnante (direc­trice d'école) et for­ma­trice de for­ma­teurs à l'Association Nationale pour les Enfants Intellectuellement Précoces (ANPEIP) dont elle assure la vice-présidence, elle est l'auteur de nom­breux tra­vaux dont l'article « L'enfant pré­coce, ce méconnu » 
(4) Le seuil d'activation du cer­veau des EIP est plus élevé que celui des enfants dans la norme intel­lec­tuelle
(5) Ils portent sou­vent un inté­rêt tenace aux grands nombres
(6) Groupe Académique de Recherche sur la Scolarité des Enfants Précoces (aca­dé­mie de Toulouse) 
(7) Et qui peut se tra­duire par un décou­ra­ge­ment, un repli, une inhi­bi­tion, de l'angoisse, voire une dépres­sion et ses consé­quences patho­lo­giques
(8) Seuls les tests basés sur l'échelle d'intelligence de Wechsler (WPPSI-III, WISC-III et WISC-IV) pra­ti­qués et com­men­tés par un psy­cho­logue per­mettent de confir­mer la pré­co­cité intel­lec­tuelle. Voir le site d'informations.
(9) AFEP, ANPEIP, AAREIP (pour les plus connues), voir aussi ce por­tail et ce site


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