Enfants intellectuellement précoces : les reconnaître, les comprendre, les accompagner

En pratique

Doués, surdoués, à haut potentiel… les enfants intellectuellement précoces (EIP) ne sont pas ceux que l’on croit. En France, 30% d’entre eux1 sont en échec scolaire et manifestent des difficultés d’apprentissage qui déroutent un corps enseignant peu informé bien qu’officiellement alerté sur l’importance de leur détection et de leur prise en charge2.

« La précocité intellectuelle n’est pas une promesse de réussite. Mais une somme de différences neuromotrices, neuropsychologiques, neurophysiologiques, cognitives et psychoaffectives qui confère à un enfant des capacités hors- normes tout en le plongeant dans un grand sentiment d’incompréhension, dans une profonde souffrance », explique Françoise Astolfi3. Décalés dans leur développement ; complexes dans leurs relations aux autres … Pour s’en sortir en milieu scolaire, les EIP ont un besoin vital de reconnaissance et de bienveillance.

Les indices de la précocité

Généralement, ils ne provoquent pas l’empathie. Curieux, intuitifs, usant d’un vocabulaire riche, d’une grammaire juste, d’une capacité phénoménale à retenir les informations, s’ils sont intéressés, et d’un sens de l’humour aiguisé, les EIP sont loin des standards de l’élève modèle. « Incapables d’activer leur cerveau4 face à un travail insuffisamment intéressant ou complexe, ces enfants réussissent d’autant moins que la tâche est facile », souligne Françoise Astolfi. Conséquences : des résultats scolaires en dent de scie, des difficultés dans la restitution des connaissances, dans l’écriture et dans l’interprétation des consignes. En contrepoint : un accès précoce à la lecture, au calcul5, une grande rapidité de mémorisation et une concentration exceptionnelle. Selon un document du GARSEP6, il existe bien des clignotants qui doivent « interpeller la communauté éducative ». Parmi ceux-là : un sens aigu de l’injustice, un raisonnement logique, un esprit critique, la contestation des règles et une argumentation incessante. « L’EIP a souvent une attitude solitaire, recherchant davantage le dialogue avec l’adulte que le contact avec les élèves de son âge ».

Les enjeux de la détection

Passifs, rêveurs, étourdis, agités : les étiquettes tombent vite et exacerbent le manque de confiance en soi chez ces enfants aux très grandes capacités7. Pour ne pas les laisser glisser dans la spirale de l’échec « les professionnels de l’éducation et de la santé doivent poser l’hypothèse d’une précocité intellectuelle », insiste la psychologue faisant écho à la circulaire ministérielle demandant « l’amélioration de la détection8 de la précocité intellectuelle dès qu’un enfant est signalé comme éprouvant des difficultés afin de proposer des réponses et un suivi ».

Un accompagnement adapté

Le stade de l’identification franchi, il est essentiel qu’un travail impliquant soit initié pour permettre à l’EIP de suivre une scolarité cohérente. Conscient de la difficulté, le ministère incite les corps d’inspection des premier et second degrés à « définir les stratégies de mise en œuvre des mesures » et à s’appuyer « sur les IUFM et leurs formateurs, ainsi que sur les ressources des associations9 ». Et Françoise Astolfi de formuler un vœu : « Il faudrait arriver à ne plus parler de précocité, mais du respect du développement naturel des enfants. Un saut de classe n’est jamais qu’un moyen pour un élève de s’adapter à un système qui n’a pas su s’adapter à lui ».


 


Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Actuellement, 5% des élèves français sont concernés par la précocité intellectuelle, soit environ 750.000 enfants et adolescents identifiés comme tels
(2) Circulaire n°2007-158 du 17 octobre 2007 
(3) Docteur en psychologie, psychopédagogue, enseignante (directrice d’école) et formatrice de formateurs à l’Association Nationale pour les Enfants Intellectuellement Précoces (ANPEIP) dont elle assure la vice-présidence, elle est l’auteur de nombreux travaux dont l’article « L’enfant précoce, ce méconnu » 
(4) Le seuil d’activation du cerveau des EIP est plus élevé que celui des enfants dans la norme intellectuelle
(5) Ils portent souvent un intérêt tenace aux grands nombres
(6) Groupe Académique de Recherche sur la Scolarité des Enfants Précoces (académie de Toulouse) 
(7) Et qui peut se traduire par un découragement, un repli, une inhibition, de l’angoisse, voire une dépression et ses conséquences pathologiques
(8) Seuls les tests basés sur l’échelle d’intelligence de Wechsler (WPPSI-III, WISC-III et WISC-IV) pratiqués et commentés par un psychologue permettent de confirmer la précocité intellectuelle. Voir le site d’informations.
(9) AFEP, ANPEIP, AAREIP (pour les plus connues), voir aussi ce portail et ce site

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