Dyslexie, dyspraxie, dysgraphie… : que savez-vous des Dys ?

En France, 6 à 8% des enfants en âge d’être scolarisés seraient atteints de « Dys ». Françoise de Simone, présidente de la Fédération française des troubles spécifiques du Langage et des Apprentissages (FLA) (1), revient sur ces pathologies désormais reconnues comme des « handicaps émergents » (2).

Quelle est la spécificité commune des divers troubles du langage et des apprentissages ?

Ces troubles sont spécifiques car ils relèvent d’une pathologie constitutionnelle. Ils ne sont pas du registre du simple retard, ils ne sont pas dus à un déficit intellectuel, à un blocage psychologique ou une pathologie neurologique, pas plus qu’à un manque de stimulation. C’est l’organisation même de la fonction (langage, audition…) qui est touchée dans son développement. Les troubles des apprentissages sont l’expression de troubles cognitifs. Durables, ils nécessitent un diagnostic dès la petite enfance. Ils portent sur une zone isolée du fonctionnement mental, les autres secteurs étant préservés.

Précisément comment différencier une simple difficulté d’un trouble spécifique ?

Les « Dys » ne sont pas comparables à des difficultés qui peuvent être améliorées par des soutiens ponctuels ou avec l’évolution de l’enfant. Ici, il faut trouver les moyens de permettre l’accès aux savoirs, chez des personnes pour lesquelles les entrées (ou réceptions) et/ou les sorties (ou expressions) sont pathologiques. Par exemple, un enfant dyspraxique – qui a des difficultés à organiser son geste – ne pourra pas accéder à l’écriture (mode d’expression) alors qu’il aura parfaitement acquis le langage écrit. De son côté, un enfant dysphasique ne comprendra pas une consigne (réception auditive) alors qu’il sera capable de mettre en place la réponse. Les bilans pratiqués par des équipes pluridisciplinaires (enseignants, médecins, orthophonistes) permettront de cerner le trouble, de distinguer les modules déviants des performants, et de préconiser les aides nécessaires.

Dans quelles conditions les enfants touchés par ces troubles peuvent-ils suivre une scolarité « normale » ?

Les enfants peuvent être accueillis en milieu ordinaire si la particularité de leurs troubles est prise en compte par un bilan détaillé des stratégies propres à l’enfant. Cela nécessite un accompagnement adapté : aides humaines (augmenter les supports visuels et gestuels, éviter les manipulations, reformuler les consignes, AVS…) et aides techniques (aménagement des examens, ordinateurs, correcteurs orthographiques, stratégies visuelles, outils antidérapants, logiciel de géométrie…). En outre, une approche neuropsychologique est indispensable pour ces enfants. Le rôle des enseignants qui adapteront leur pédagogie à partir des préconisations données par ce bilan, est alors essentiel et leur formation prioritaire.

Vous organisez, le 10 octobre, la première Journée Nationale des « Dys »(3). Qu’attendez-vous de cette manifestation ?

L’objectif est de sensibiliser un large public à ces troubles spécifiques et de l’informer de l’intérêt du dépistage précoce. De partager l’état des connaissances actuelles, d’apporter des témoignages et de présenter des conditions de réussite qui s’offrent à ces enfants, tant au niveau de leur scolarité que de leur futur métier. Cette journée vise également à souligner le rôle essentiel des enseignants, des professionnels de santé, et l’importance des relations qui s’établit entre les associations et ces professionnels. Ces troubles sont reconnus depuis très longtemps dans de nombreux pays, la France avait un gros retard qu’elle est en train de rattraper.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Créée en 1998, la FLA regroupe des associations de parents représentatives des différentes pathologies des troubles du langage et des apprentissages.
(2) Les Dys entrent dans le cadre de la loi du 11 février 2005 sur les personnes handicapées au titre des déficiences mentales cognitives, selon l’évaluation des pathologies et leurs conséquences sociales exprimées en termes de handicap par l’OMS (CIM10) et l’APA (DSM IV) ainsi que le guide-barème pour l’évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées.
(3) La journée des Dys est organisée par le FLA, en partenariat avec l’APAJH (fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés).

Quels sont tous les TLA ?

Sont actuellement inclus dans les troubles du langage et des apprentissages : la dyslexie, la dysphasie, la dyspraxie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dysgraphie, les troubles attentionnels. Ils comprennent également les troubles des apprentissages similaires chez les enfants ayant subi une intervention neurochirurgicale par suite d’une lésion cérébrale.

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