Phobie scolaire : comment aider les élèves ?

En pratique

Véritable pathologie, la phobie de l’école ne s’apparente ni au chantage, ni au caprice. Enseignant spécialisé à l’hôpital Robert Debré (1) à Paris, Thierry Gelinotte aide les enfants et adolescents en situation de refus scolaire à réintégrer une classe quittée prématurément.

À quels signes reconnaît-on un enfant ou un adolescent, atteint de phobie scolaire ?

Un absentéisme perlé, des allégations de maux de ventre, une fréquentation assidue de l’infirmerie, un comportement cyclique avec une amélioration à la veille des vacances, sont des signes caractéristiques. Les enfants et adolescents que nous recevons ont tous abandonné l’école depuis plusieurs mois sans pour autant avoir rencontré de difficultés d’apprentissage particulières. Leur investissement scolaire a simplement régressé avec le développement de leur maladie. Explorations médicales, changements d’école, déménagements, déscolarisation, inscription au CNED(2)…. Les parents de ces élèves ont souvent tout essayé et sont dans l’impasse. Le cheminement personnel des enfants est toujours le même : abandon de la scolarité, perte du goût de l’effort, marginalisation scolaire et sociale, isolement, dépression et parfois, tentatives de suicide.


À quel moment et comment envisager la rescolarisation d’un enfant en proie à cette maladie ?

L’objectif de notre service est de favoriser un retour à l’école le plus précoce possible, avant que ne s’installent des « bénéfices secondaires » (cf. encadré). Après une évaluation psychologique, une enquête sociale et un bilan scolaire, nous reprenons contact avec l’établissement de l’élève afin de redéfinir ensemble les modalités d’une rescolarisation. Parallèlement et jusqu’à ce que le retour soit définitif, nous faisons suivre une scolarité interne(3) à l’enfant. Cela afin qu’il reprenne l’habitude de manipuler du matériel scolaire, de fournir un effort intellectuel et qu’il réinvestisse son statut d’élève. Nous travaillons aussi les contenus en collaboration avec l’enseignant de l’enfant, afin d’assurer une remise à niveau efficace.

Précisément, quel est votre rôle dans cette rescolarisation ?

Je suis là pour dresser avec l’enfant la liste des obstacles, et l’aider à trouver des solutions concrètes à des problèmes souvent très pratiques. Comment se présenter aux autres, expliquer son absence et la présence d’un adulte à ses côtés… Car effectivement, j’accompagne l’élève dans sa classe. Au départ, nous allons simplement jusqu’à l’école. Faire le chemin, rentrer, parler un peu, repartir. La fois d’après, on passe une heure dans la classe. Il peut aussi m’arriver d’attendre derrière la porte durant les premiers cours.… À l’hôpital, j’aide parfois les parents à reprendre leur rôle au moment des séances de devoirs.

Comment passez-vous le relais aux enseignants ?

Pour les enfants de région parisienne, nous sommes en relation avec un établissement(4) qui accueille ces élèves pour un temps donné et avec qui nous avons des contacts facilités. Mais d’une manière générale, les enseignants et les chefs d’établissement sont bienveillants avec les jeunes que nous leur renvoyons. Bien entendu, il nous faut les rassurer et leur donner des garanties médicales, surtout si l’élève présente des symptômes anxieux ou dépressifs. Mais ils savent qu’ils peuvent faire appel à nous à tout moment.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

Quelle est l’’importance du retour à l’’école ?

Elle est essentielle. Inscrire son enfant au CNED pour lui éviter d’être confronté à sa phobie n’est pas la solution. La vie à la maison induit inévitablement le développement de « bénéfices secondaires » : télévision, console de jeux, désorganisation de l’hygiène, du sommeil et des habitudes alimentaires. Autant « d’avantages » qui confortent l’enfant ou l’adolescent dans son isolement, sa souffrance et sa marginalisation.

Note(s) :
  • (1) Service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, dirigé par le Pr Marie-Christine Mouren.
  • (2) Centre National d'Education à Distance
  • (3) Avec l'aide de trois enseignants spécialisés attachés au service et d'intervenants externes
  • (4) Collège et lycée Henri Bergson (Paris, 19ème arrondissement)

6 commentaires sur "Phobie scolaire : comment aider les élèves ?"

  1. VALOU  24 septembre 2012 à 6 h 12 min

    Cet article est tout à fait en corrélation avec cette pathologie dont souffre mon fils de 12 ans depuis le 3ème trimestre dernier, après que j’ai été malade (cancer). Je suis dans la région de Montauban (82), pourriez-vous me communiquer ou me dire s’il existe des structures qui pourraient le prendre en charge pour une ré-insertion dans le cursus normal de la 5ème ? Il se focalise sur moi, n’émet de la confiance qu’à moi et à aucun autre membre de la famillle et je souhaite au maximum préserver cette infime relation que j’ai avec lui, qui malheureusement détruit à ce jour l’environnement familial.
    Merci d’avance.

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  2. lasme  12 octobre 2012 à 16 h 38 min

    je suis content de vous lire et j’aimerais en savopir un peu plus sur la phobie scolaire et si possible avoir des statistiques permettant d’apprécier l’ampleur de ce mal sur l’échec scolaire…

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  3. titite  8 janvier 2013 à 16 h 18 min

    J’aimerais avoir plus de renseignement sur les aides pour la phobie scolaire, car mon fils de 12 ans en souffre. Il arrive encore à aller en cours de temps en temps, mais cela devient très rare.
    Merci de me communiquer les adresses et téléphones des centres pouvant aider mon fils.

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  4. cheyenne  9 avril 2013 à 16 h 59 min

    Mon fils de 15 ans évalué précoce et en classe de 3eme dans un internat d’excellence labellisé pour l’accueil des précoces développe depuis quelques mois une phobie scolaire. Le collège n’arrive pas à l’aider. Il est enfermé chez nous depuis 10 jours…

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  5. virgin  15 octobre 2013 à 17 h 44 min

    Bonjour, je souhaiterais avoir de l’aide car mon fils âgé de 15 ans ne souhaite plus aller à l’école cause phobie scolaire, pourriez-vous me dire auprès de qui dois-je me renseigner pour l’aider à sortir de ce problème ? Merci.

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  6. vahine214  30 janvier 2014 à 17 h 56 min

    Bonjour merci pour cet article très intéressant. Mais où s’adresser lorsqu’on habite en province ? Merci

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