21.09.2007
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Phobie scolaire : comment aider les élèves ?

Véritable patho­lo­gie, la pho­bie de l'école ne s'apparente ni au chan­tage, ni au caprice. Enseignant spé­cia­lisé à l'hôpital Robert Debré (1) à Paris, Thierry Gelinotte aide les enfants et ado­les­cents en situa­tion de refus sco­laire à réin­té­grer une classe quit­tée prématurément.
Thierry Gelinotte spécialiste phobie scolaire

Thierry Gelinotte, enseignant spécialisé et spécialiste de la phobie scolaire.

À quels signes reconnaît-on un enfant ou un ado­les­cent, atteint de pho­bie scolaire ?

Un absen­téisme perlé, des allé­ga­tions de maux de ventre, une fré­quen­ta­tion assi­due de l'infirmerie, un com­por­te­ment cyclique avec une amé­lio­ra­tion à la veille des vacances, sont des signes carac­té­ris­tiques. Les enfants et ado­les­cents que nous rece­vons ont tous aban­donné l'école depuis plu­sieurs mois sans pour autant avoir ren­con­tré de dif­fi­cul­tés d'apprentissage par­ti­cu­lières. Leur inves­tis­se­ment sco­laire a sim­ple­ment régressé avec le déve­lop­pe­ment de leur mala­die. Explorations médi­cales, chan­ge­ments d'école, démé­na­ge­ments, désco­la­ri­sa­tion, ins­crip­tion au CNED(2)…. Les parents de ces élèves ont sou­vent tout essayé et sont dans l'impasse. Le che­mi­ne­ment per­son­nel des enfants est tou­jours le même : aban­don de la sco­la­rité, perte du goût de l'effort, mar­gi­na­li­sa­tion sco­laire et sociale, iso­le­ment, dépres­sion et par­fois, ten­ta­tives de suicide.


Quelle est l'’importance du retour à l'’école ?

Elle est essen­tielle. Inscrire son enfant au CNED pour lui éviter d'être confronté à sa pho­bie n'est pas la solu­tion. La vie à la mai­son induit inévi­ta­ble­ment le déve­lop­pe­ment de « béné­fices secon­daires » : télé­vi­sion, console de jeux, désor­ga­ni­sa­tion de l'hygiène, du som­meil et des habi­tudes ali­men­taires. Autant « d'avantages » qui confortent l'enfant ou l'adolescent dans son iso­le­ment, sa souf­france et sa marginalisation.

À quel moment et com­ment envi­sa­ger la resco­la­ri­sa­tion d'un enfant en proie à cette maladie ?

L'objectif de notre ser­vice est de favo­ri­ser un retour à l'école le plus pré­coce pos­sible, avant que ne s'installent des « béné­fices secon­daires » (cf. enca­dré). Après une évalua­tion psy­cho­lo­gique, une enquête sociale et un bilan sco­laire, nous repre­nons contact avec l'établissement de l'élève afin de redé­fi­nir ensemble les moda­li­tés d'une resco­la­ri­sa­tion. Parallèlement et jusqu'à ce que le retour soit défi­ni­tif, nous fai­sons suivre une sco­la­rité interne(3) à l'enfant. Cela afin qu'il reprenne l'habitude de mani­pu­ler du maté­riel sco­laire, de four­nir un effort intel­lec­tuel et qu'il réin­ves­tisse son sta­tut d'élève. Nous tra­vaillons aussi les conte­nus en col­la­bo­ra­tion avec l'enseignant de l'enfant, afin d'assurer une remise à niveau efficace.

Précisément, quel est votre rôle dans cette rescolarisation ?

Je suis là pour dres­ser avec l'enfant la liste des obs­tacles, et l'aider à trou­ver des solu­tions concrètes à des pro­blèmes sou­vent très pra­tiques. Comment se pré­sen­ter aux autres, expli­quer son absence et la pré­sence d'un adulte à ses côtés… Car effec­ti­ve­ment, j'accompagne l'élève dans sa classe. Au départ, nous allons sim­ple­ment jusqu'à l'école. Faire le che­min, ren­trer, par­ler un peu, repar­tir. La fois d'après, on passe une heure dans la classe. Il peut aussi m'arriver d'attendre der­rière la porte durant les pre­miers cours.… À l'hôpital, j'aide par­fois les parents à reprendre leur rôle au moment des séances de devoirs.

Comment passez-vous le relais aux enseignants ?

Pour les enfants de région pari­sienne, nous sommes en rela­tion avec un établis­se­ment(4) qui accueille ces élèves pour un temps donné et avec qui nous avons des contacts faci­li­tés. Mais d'une manière géné­rale, les ensei­gnants et les chefs d'établissement sont bien­veillants avec les jeunes que nous leur ren­voyons. Bien entendu, il nous faut les ras­su­rer et leur don­ner des garan­ties médi­cales, sur­tout si l'élève pré­sente des symp­tômes anxieux ou dépres­sifs. Mais ils savent qu'ils peuvent faire appel à nous à tout moment.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

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Note(s) :
  • (1) Service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, dirigé par le Pr Marie-Christine Mouren.
  • (2) Centre National d'Education à Distance
  • (3) Avec l'aide de trois enseignants spécialisés attachés au service et d'intervenants externes
  • (4) Collège et lycée Henri Bergson (Paris, 19ème arrondissement)
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VALOU
le 24 septembre 2012

Cet article est tout à fait en cor­ré­la­tion avec cette patho­lo­gie dont souffre mon fils de 12 ans depuis le 3ème tri­mestre der­nier, après que j'ai été malade (can­cer). Je suis dans la région de Montauban (82), pourriez-vous me com­mu­ni­quer ou me dire s'il existe des struc­tures qui pour­raient le prendre en charge pour une ré-insertion dans le cur­sus nor­mal de la 5ème ? Il se foca­lise sur moi, n'émet de la confiance qu'à moi et à aucun autre membre de la famil­lle et je sou­haite au maxi­mum pré­ser­ver cette infime rela­tion que j'ai avec lui, qui mal­heu­reu­se­ment détruit à ce jour l'environnement fami­lial.
Merci d'avance.

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lasme
le 12 octobre 2012

je suis content de vous lire et j'aimerais en savo­pir un peu plus sur la pho­bie sco­laire et si pos­sible avoir des sta­tis­tiques per­met­tant d'apprécier l'ampleur de ce mal sur l'échec scolaire...

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titite
le 8 janvier 2013

J'aimerais avoir plus de ren­sei­gne­ment sur les aides pour la pho­bie sco­laire, car mon fils de 12 ans en souffre. Il arrive encore à aller en cours de temps en temps, mais cela devient très rare.
Merci de me com­mu­ni­quer les adresses et télé­phones des centres pou­vant aider mon fils.

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cheyenne
le 9 avril 2013

Mon fils de 15 ans évalué pré­coce et en classe de 3eme dans un inter­nat d'excellence label­lisé pour l'accueil des pré­coces déve­loppe depuis quelques mois une pho­bie sco­laire. Le col­lège n'arrive pas à l'aider. Il est enfermé chez nous depuis 10 jours...

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virgin
le 15 octobre 2013

Bonjour, je sou­hai­te­rais avoir de l'aide car mon fils âgé de 15 ans ne sou­haite plus aller à l'école cause pho­bie sco­laire, pourriez-vous me dire auprès de qui dois-je me ren­sei­gner pour l'aider à sor­tir de ce pro­blème ? Merci.

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vahine214
le 30 janvier 2014

Bonjour merci pour cet article très inté­res­sant. Mais où s'adresser lorsqu'on habite en pro­vince ? Merci

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