Jacques Nimier, la leçon d’enseignement

L’invité

Professeur honoraire des Universités(1), ancien directeur adjoint d’IUFM(2) et ancien professeur de mathématiques, Jacques Nimier a consacré sa carrière, et des livres(3), à la formation des enseignants. Son credo ? La dimension psychologique de la pédagogie et la nécessaire rénovation de la formation pour une meilleure pratique.

« Enseigner ne se réduit pas à transmettre des connaissances. C’est aussi tenir compte de la personnalité de l’élève, de son imaginaire, et se montrer capable d’y répondre ! ». Une définition trop ambitieuse ? Pas pour Jacques Nimier qui poursuit : « Et pour cela, il faut revoir la formation en incluant plus de mises en situation et simulations. Exercices qui pourraient, comme les entretiens, intégrer un mode de recrutement revu et corrigé ». Des idées audacieuses qui résonnent d’années de recherche, de pratique, et d’une histoire toute personnelle : enfant dyslexique, éternel redoublant devenu indésirable, le jeune Nimier faillit quitter l’école après la troisième. « Tout se joua en une journée. Le matin, le collège me renvoyait pour inaptitude scolaire. L’après-midi, mon oncle me plaçait dans un lycée ! » se souvient celui qui trouva dans cette expérience « l’envie de dépasser le piètre enseignement reçu ».


De l’enseignement des mathématiques

Son bac en poche, Jacques Nimier entre à la Faculté de mathématiques. « Cette discipline représentait pour moi une loi claire, contrairement à l’orthographe qui me semblait si arbitraire ». « Représentation », le mot-clé est lâché, le fil rouge évident. Car, dès ses premiers pas sur l’estrade, le jeune enseignant se trouve « confronté à des problématiques auxquelles je n’étais pas préparé ». Ses lycéens n’existent-ils que par les notes qu’ils obtiennent ? Que vivent-ils pendant le cours de mathématiques ? Question fondamentale dont la réponse pourrait se trouver dans l’interactivité et une prise en considération nouvelle de l’élève. « Un jour, j’ai rapproché les tables deux par deux et formé des groupes de quatre élèves. Moi-même, je n’intervenais plus que très peu pour la classe au complet, et même les contrôles se faisaient à quatre ». Après cet essai transformé, Jacques Nimier, désireux d’aller plus loin, s’inscrit dans un cursus de psychologie.

Premiers pas dans la formation

Tout en continuant d’enseigner, le futur doctorant interroge son sujet de prédilection : la représentation des mathématiques chez les élèves et son rôle dans l’apprentissage. Des entretiens menés à l’occasion de cette recherche émerge une conviction : lieux de parole, les cours doivent permettre aux élèves de confronter leur imaginaire à la réalité grâce aux enseignants. Un groupe de recherche, formé autour de Jacques Nimier, propose, d’abord au sein des IREM4, des formations à la docimologie5 et à l’entretien6, puis, pour la MAFPEN7, des stages construits autour de parcours psychologiques. « Pendant 16 ans, plus de 5 000 enseignants ont profité de cette formation ! Dans le prolongement de cette activité, nous avons initié les groupes d’analyse de la pratique8 qui leur permettaient d’évoquer leur métier avec un animateur au sein de l’établissement. »

A l’heure des années 90 et des premiers IUFM, l’expérience de Jacques Nimier rencontre un écho grandissant. Sollicité au poste de directeur adjoint de l’IUFM de Reims, il crée des formations basées sur les jeux de rôle et réprouve une formation « construite comme si les profs allaient donner des leçons particulières ». Préférant la critique constructive à l’alarmisme, le pédagogue, désormais retraité, intervient en France et à l’étranger9, publie des ouvrages et œuvre aujourd’hui via son site Internet10. « Quoi de plus essentiel que la formation ? » conclut-il. « D’ailleurs, les profs devraient pouvoir évoluer facilement vers d’autres activités. L’agrégation – ce doublon du Capès– ne pourrait-elle pas devenir un concours interne donnant accès à des métiers de formateur ou encore de responsable de discipline ? ». Question ouverte… !

Cécile Desbois

(1) Chaire de psychologie clinique à Reims.
(2) A Reims.
(3) Le dernier livre de Jacques Nimier, Camille a la haine et… …Léo adore les maths. L’imaginaire dans l’enseignement (2006), est édité chez Aléas.
(4) L’IREM (Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques) est un service de l’Université, en relation avec le département des mathématiques, les services rectoraux, l’IUFM et l’Inspection de mathématiques. Les IREM ont été créés en 1969 avec pour mission de contribuer à la formation initiale et continue des enseignants, contribuer à l’expérimentation pédagogique, élaborer et diffuser des documents pour enseignants et formateurs, mener des recherches sur l’enseignement des mathématiques.
(5) Science de la notation. Voir la page consacrée à ce sujet sur le site de Jacques Nimier.
(6) Entretiens avec les élèves ou les parents.
(7) MAFPEN : Mission académique à la formation des personnels de l’éducation nationale.
(8) Au sujet de ces groupes, voir notamment le dossier des Cahiers pédagogiques.
(9) Après sa retraite, Jacques Nimier est notamment intervenu pendant trois années à l’Institut de formation des maîtres en Tunisie.
(10) Le site de Jacques Nimier.

Jacques Nimier en 5 dates

1966-67 : fait travailler ses élèves de Terminale scientifique par groupes
1976-77 : constitue un groupe de recherche à l’IREM de Reims
1983-84 : initie la formation psychologique continue des enseignants, dans l’académie de Reims puis à l’étranger
1988-90 : met en place les premiers groupes d’analyse de la pratique
2001 : crée son site Internet consacré aux facteurs humains dans l’enseignement

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