Elèves drogués en classe : que faire ?

Elèves drogués en classe : que faire ? La consommation de drogues est en progression chez les jeunes. Voilà ce que révèle le volet français d'une enquête européenne publiée en mars 2004 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies1. Que faire quand la drogue arrive à l’école ? Réponse avec des professionnels de la prévention.

Il est 14h devant l’entrée du groupe scolaire Jules Ferry, dans le 9ème arrondissement de Paris. Sur le trottoir, des filles et des garçons fument des cigarettes. L’odeur qui s’en dégage laisse à penser que toutes ne contiennent pas que du tabac. “Avant, on fumait dans la cour. Mais le proviseur a fait sa crise. Alors, on va dehors”, explique Vera2, 17 ans, entre deux bouffées. C’est son troisième joint de la journée, et dans quelques minutes, elle rentrera en cours.

Une consommation qui se banalise

Une situation à laquelle la communauté éducative risque d’être confrontée de plus en plus souvent. Car en France, on fume de plus en plus et de plus en plus tôt : en dix ans, chez les 14-15 ans, la consommation est passée de 8,1 à 24,9% chez les garçons et de 6 à 16,5% chez les filles3. “La consommation de cannabis s’est banalisée parce que l’image à laquelle elle est associée est positive, aussi bien chez les adultes que chez les adolescents », explique Claudia Abon, officier de police et animatrice de sessions de prévention dans les établissements scolaires du 9ème arrondissement. Celle-ci rappelle pourtant qu’outre l’interdiction à laquelle est soumis l’usage de ce stupéfiant, « il peut avoir des incidences sur la scolarité, amener le consommateur à se désocialiser et ouvrir la voie à d’autres dépendances”.

Les signes qui doivent alerter

Outre les odeurs suspectes, plusieurs signes peuvent alerter un enseignant. “Il faut être attentif à une convergence d’indices liés à la fréquentation des cours, au comportement en classe, à l’état physique ou aux résultats scolaires”, indique Marie-Jo Jorda, ancienne éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), devenue formatrice d’enseignants au sein de classes relais. Lorsqu’un élève somnole ou s’endort en classe, arrive souvent en retard, multiplie les absences, se renferme sur lui-même, devient agressif ou apathique, a le regard vague, les pupilles dilatées, souffre de tremblements, de troubles de l’élocution, se met à délirer, travaille moins bien… cela peut cacher une consommation de drogue.

Quelles réponses apporter ?

“Ne pas agir, c’est prendre le risque de laisser un élève gâcher sa scolarité, voire, dans le pire des cas, passer aux drogues dures et faire une overdose. C’est aussi prendre le risque de laisser s’installer un trafic au sein de l’établissement, car on passe vite du statut de consommateur à celui de revendeur. La drogue à l’école, c’est enfin la porte ouverte à davantage de violence et d’insécurité ”, prévient Marie-Jo Jorda. Pour l’enseignant, le premier réflexe est d’alerter le chef d’établissement — qui pourra, à son tour, alerter la police ou saisir le procureur de la République —, puis les parents. L’enseignant ne doit pas rester seul face à l’élève. L’attitude qu’il doit adopter à son égard est essentielle. Il faut éviter les réactions d’indifférence, éviter de faire la morale et ne pas stigmatiser l’élève. “Le pire, affirme Marie-Jo Jorda, c’est de renvoyer à l’élève une image de toxicomane. Un adolescent qui consomme des substances illicites est une personne en devenir. Il faut le lui rappeler, notamment pour lui faire comprendre que l’on a confiance en lui et qu’on sait qu’il est capable de faire autre chose que de se droguer”.

Laëtitia de kerchove

(1) Les premiers résultats du volet français de l’enquête ESPAD 2003 (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) ont été publiés par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dans la revue Tendances (n°35, mars 2004) sous le titre   « Les substances psychoactives chez les collégiens et lycéens : consommations en 2003 et évolutions depuis dix ans »

(2) Le prénom a été modifié.

(3) D’après l’enquête ESPAD 2003 (voir ci-dessus).

(4) Contact : Préfecture de Police de Paris, Brigade des stupéfiants : 01 47 03 60 00.

(5) Qui dépend de la Direction de la Police Urbaine de Proximité (DPUP).

(6) Notamment la Mission de prévention et de communication de la Police, qui intervient dans les écoles primaires et les collèges, et qui dépend de la Direction de la Police Judiciaire (DPJ)

Des policiers à l’école

La Brigade des stupéfiants4 et l’Education nationale ont signé une convention pour mener au lycée, à la demande des proviseurs, des sessions d’information et de prévention sur le thème des drogues. Les interventions durent deux heures en moyenne. Les policiers formateurs anti-drogue (PFAD)5 qui les animent sont formés spécialement pour adapter leur discours au public lycéen. Il n’y est généralement pas question de répression. Et les élèves, qui s’attendent souvent à voir arriver un “cow-boy”, sont plutôt agréablement surpris. Dans le primaire, d’autres opérations de prévention sont organisées par la Police6.

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