Maltraitance des enfants : comment la déceler, comment réagir ?

En côtoyant les enfants au quotidien, les enseignants sont aux premières loges pour repérer les cas de maltraitance. Hélas, faute d’une formation adaptée, peu connaissent la marche à suivre en cas de révélation ou de présomption de mauvais traitements... Le point sur les signaux d’alerte et les bons réflexes.

harcèlement scolaire

© shootingankauf – Fotolia

67 500 enfants en danger. 18 500 enfants maltraités… Les derniers chiffres1 de l’Observatoire national de l’action sociale font froid dans le dos. Dans ce contexte alarmant, l’école apparaît comme un endroit privilégié pour repérer les victimes de maltraitance. Hélas, les enseignants sont souvent démunis face aux signaux de détresse des élèves. « La maltraitance ne se manifeste pas toujours de manière bruyante ou visible. Et malheureusement, la formation des enseignants est insuffisante pour leur permettre de décoder les messages qui devraient les alerter », regrette Patrice Blanc, secrétaire général du Défenseur des enfants.
Quelques indices

Pour Dominique Frémy, pédopsychiatre, il faut être attentif aux « ruptures » dans le comportement des élèves, en particulier en maternelle et en primaire. Une phase de profonde régression dans les apprentissages, des comportements inhabituels, un état d’hyper-agressivité ou d’inhibition doivent inquiéter les enseignants. Les dessins d’enfants peuvent également trahir une violence intra-familiale. Exemple classique : le recours à des personnages hyper-sexués ou au contraire asexués.

Au collège et au lycée, la maltraitance est plus difficile à repérer car les équipes pédagogiques sont moins stables qu’en maternelle et en primaire, et les élèves moins encadrés. « De plus, la complexité de la personnalité adolescente, notamment la culture du secret, peut brouiller les pistes, explique Richard Redondo, psychologue scolaire à Marseille. Certains signes doivent toutefois alerter : un fléchissement brutal des résultats scolaires, un surinvestissement, une apparence physique négligée ou trop soignée, des troubles alimentaires, l’absentéisme… « .

Sans compter les « bobos » qui passent inaperçus. « Quand on voit toujours les mêmes à l’infirmerie pour des maux de ventre ou des maux de tête, c’est rarement anodin. Certains finissent par craquer et par se confier… », indique Béatrice Tajan, infirmière scolaire en région parisienne. En tout état de cause, en l’absence de preuves et de révélation, les enseignants doivent se fier à une convergence d’indices.

Incrédulité à proscrire

Face à la confession d’un enfant, la première chose à faire est de l’écouter, même si ses propos peuvent paraître invraisemblables et fantaisistes. « La victime choisit son interlocuteur. Si elle constate que celui-ci n’est pas prêt à l’entendre, elle risque de se murer dans le silence », assure Dominique Frémy. À proscrire également : les réactions d’empathie, susceptibles d’ébranler une confiance déjà éprouvée. En cas de révélation d’abus sexuels ou de mauvais traitements, l’enseignant doit expliquer à la victime que ce qu’elle subi est interdit par la loi, et que ses confidences ne peuvent pas être couvertes par le secret.

La procédure

« L’enseignant ne doit jamais rester seul face à des aveux, indique Gilbert Castelli, professeur des écoles et auteur de La responsabilité des enseignants2. Il ne doit pas non plus chercher à enquêter. Le premier réflexe est donc de se tourner vers le médecin, le psychologue ou l’infirmière scolaire ». En cas de suspicion de maltraitance, l’enseignant est tenu3 d’effectuer un signalement. Il doit donc informer son inspection académique et saisir éventuellement le procureur de la République ou encore le président du Conseil général, en charge de la protection de l’enfance au niveau départemental4. C’est ensuite l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui traitera le dossier.
Laetitia de Kerchove

(1) « En 2002, les institutions chargées des mineurs, Education nationale en tête, ont effectué 86.000 « signalements » à la police et à la justice concernant des enfants « en danger », soit directement victimes de maltraitances (18.500) soit dans une situation « à risque » (67.500). » (AFP, 13 janvier 2004)

(2) La responsabilité des enseignants, Sécurité des élèves, protection de l’enfance : pour exercer avec sérénité, dir. Gilbert Castelli, SNUipp, La découverte, 2002. Gilbert Castelli est secrétaire national du SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC).

(3) La loi est ferme sur ce point : « Le fait, pour quiconque ayant eu connaissance de mauvais traitements ou privation infligée à un mineur de moins de 15 ans (…) de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. » (Code de procédure pénale, article 434-3)

(4) Pour tout savoir sur les démarches à suivre, consulter le guide de bonnes pratiques pour améliorer l’accompagnement des enfants victimes d’infractions pénales, édité par l’Inavem (Institut national d’aide aux victimes et de médiation), diffusé dans les établissements et consultable à l’adresse suivante : http://www.inavem.org/fichier/guide_enfants_victimes.pdf

Allô, enfance maltraitée ?

L’affichage du numéro vert « 119 » est obligatoire dans tous les établissements scolaires. Les enfants mais aussi les adultes peuvent se faire conseiller. Ce service peut faire remonter des informations auprès du président du Conseil général qui se charge de les transmettre à l’ASE ou à la PMI (Protection maternelle et infantile).

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