L’IUFM ou ‘la haine du savoir’

Dans son livre « Journal d’une institutrice clandestine », Rachel Boutonnet, jeune institutrice fraîchement émoulue de l’IUFM, critique avec virulence la formation qu’elle a reçue. Elle nous accorde une interview dans laquelle elle dénonce l’aspect tyrannique du système.

Vous dites dans votre livre au sujet de votre année de formation à l’IUFM : « J’ai compris que je n’avais pratiquement rien à en attendre pour me permettre d’exercer mon métier ». Est-ce que l’année d’IUFM pour vous, c’est une année perdue ?

Rachel Boutonnet : A 90%, oui. Par ailleurs, l’année d’IUFM est une année éprouvante. Je me souviens d’un cours d’histoire sur 2 jours. C’était un des rares cours intéressants de l’année. Mais certains stagiaires se sont plaints « d’avoir eu un cours magistral pendant deux jours ». Ils ont formulé une critique attendue, dans la mesure où le cours magistral est décrié par la plupart des formateurs d’IUFM, qui par ailleurs, prétendent que l’on ne doit faire de l’ « histoire-récit », autrement dit qu’on ne doit pas raconter les événements historiques aux enfants, parce que toute narration est soumise à la subjectivité du narrateur. Je trouve que les formateurs rabaissent le travail de certains historiens et méconnaissent l’exigence de vérité qui les anime. Ils dénoncent une soi-disant subjectivité, alors que de nombreux faits historiques sont pourtant bien avérés. On inculque donc aux stagiaires, que pour ne pas influencer l’enfant dans son jugement, il faut effectuer un travail avec des documents bruts. Je pense que c’est beaucoup trop difficile pour les enfants : l’histoire-récit leur convient bien mieux. Lorsque je fais un cours sur Christophe Colomb, je parle de Christophe Colomb, je donne les dates importantes de son aventure, et les enfants accrochent. Mais il règne à l’IUFM un interdit du savoir, voire une haine du savoir. Avoir envie de savoir des choses, c’est louche !

Ce que vous dites est terrifiant ! Il s’agit d’une véritable dictature !

RB : L’ambiance de certains cours fait penser à une ambiance de dictature, où pensée libre et désir de savoir sont réprimés.

Si l’enseignant n’est plus là pour apporter le savoir, alors quelle est sa fonction ?

RB : Il doit « apprendre à apprendre ». Les formateurs prétendent viser avant tout le bien-être des élèves. Ils professent qu’il faut partir du vécu de l’enfant, faire un recueil de conceptions des élèves avant n’importe quel cours, afin que les enfants apprennent mieux.

Mais qu’apprend-on finalement aux enfants si l’on suit de tels préceptes ?

RB : Une « démarche d’apprentissage » ou une « capacité à construire ses savoirs de façon autonome », qui sont censées s’appliquer à toutes les disciplines. Une sorte de modèle creux, en somme.

Quelle est l’origine d’une telle conception ?

RB : De nombreux chercheurs en « sciences de l’éducation » ont réfléchi à tout cela… Mais je ne cautionne pas cette soi-disant recherche scientifique. Ce qu’ont l’air de vouloir faire les formateurs, en fin de compte, c’est mouler l’esprit des élèves pour le rendre apte à recevoir n’importe quel savoir, selon une sorte de recette miracle. Comme s’il s’agissait de mouler le cerveau avec rien. Au bout du compte, ce qui est savamment organisé à l’IUFM, c’est un enseignement de l’ignorance.

Les répercussions sur les enfants doivent être dramatiques !

RB :
Oui. On ne passe plus assez de temps aux entraînements nécessaires à l’acquisition des savoirs, parce qu’on passe beaucoup de temps à des démarches trop lentes -celles inculquées à l’IUFM- et en projets de tout genre. On pratique trop peu par exemple la lecture à haute voix, qui est à la fois un entraînement nécessaire et le seul moyen de connaître le niveau de lecture des élèves. Au niveau de la lecture en particulier, les conséquences sont catastrophiques. Ce qui est d’autant plus dommage que les enfants aiment apprendre. En les privant de savoir, on les prive d’un grand plaisir et d’une grande fierté. Mais de nombreux enseignants refusent de remettre en cause les méthodes. De nombreux formateurs sont à mon avis des ignorants arrogants, et l’IUFM semble travailler à répandre l’ignorance le plus efficacement possible. Parfois en toute bonne foi : les formateurs IUFM croient réellement en ce qu’ils font. Ils se font sans s’en rendre compte les instruments de cette expansion de l’ignorance.

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